Pessace, domaine universaitaire, 3 janvier 2011. - Jean Petaux, resaponsable de la communication et des relations exterieures et institutionnelles de Science Po Bordeaux. - Photo : Sebastien Ortola
Pessace, domaine universaitaire, 3 janvier 2011. - Jean Petaux, resaponsable de la communication et des relations exterieures et institutionnelles de Science Po Bordeaux. - Photo : Sebastien Ortola — SEBASTIEN ORTOLA

INTERVIEW

Régionales 2015: « Une tradition de rejet des extrêmes dans le grand Sud-Ouest »

Le politologue bordelais Jean Petaux livre son analyse sur les scores moins élevées qu'ailleurs du FN dans la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes...

Si le score du FN est aussi en hausse dans la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes (ALPC) après le premier tour du scrutin des Régionales, le candidat frontiste Jacques Colombier n’arrive qu’en troisième position avec 23,2 % quand le FN arrive en tête dans six des 13 nouvelles grandes régions.

Jean Petaux, politologue à Sciences Po Bordeaux, livre à 20 Minutes son analyse du scrutin.

Comment expliquez-vous que la région ALPC échappe, dans une certaine mesure, à l’augmentation du vote Front National ?

Ce qui me paraît évident c’est que dans la région Grand Ouest, il y a une culture politique de tradition qui rejette les extrêmes. En 1956, le mouvement du Poujadisme a été une réaction très hostile vis-à-vis de la IVe République et par certains côtés, il y a une ressemblance avec le comportement de l’électorat Front National. Et le Sud Ouest avait été réfractaire à ce mouvement. Dans les Pyrénées-Atlantiques, le Front National recueille 18,5 % des voix. Je l’explique par la présence d’une tradition démocrate chrétienne et la forte résistance des basques au FN.

Pourtant, dans le Lot-et-Garonne par exemple, le score du FN est très élevé (31,8 %)…

Oui, mais ce n’est pas nouveau. Le 21 avril 2002, date dont tout le monde se souvient, Jean-Marie Le Pen a été en tête au premier tour, devant Chirac et Jospin dans ce département. Je pense aussi que dans les territoires ruraux, le parti des chasseurs masquait la présence d’électeurs du Front National. Je pense qu’ils n’ont pas suivi le parti Chasse Pêche Nature et Traditions (allié avec Virginie Calmels, LR-UDI-Modem, dès le premier tour).

Alors comment expliquer finalement que la région ALPC comprise dans sa globalité n’ait pas été encore moins sensible à la montée du vote FN ?

Il y a un phénomène d’entraînement national, une dynamique auxquels même les terres de missions du FN comme ALPC, la Bretagne et les Pays de la Loire ne peuvent échapper. Il faut rappeler que le FN arrive en tête de ces élections avec 27,7 % sur la France entière.