Régionales 2015 : Les retraits du PS sont-ils vraiment payants pour contrer le FN au second tour?

REPORT DE VOIX Dans le cadre d’une stratégie de « front républicain », les candidats socialistes de PACA et Nord-Pas-Calais Picardie retirent leur liste afin d’éviter une victoire du Front national…

Romain Scotto

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Le candidat PS aux régionales en région PACA, Christophe Castaner, a annoncé son retrait pour le second tour, après être arrivé en troisième position au premier tour, le dimanche 6 décembre 2015.
Le candidat PS aux régionales en région PACA, Christophe Castaner, a annoncé son retrait pour le second tour, après être arrivé en troisième position au premier tour, le dimanche 6 décembre 2015. — LILIAN AUFFRET/SIPA

Faire barrage au Front national, coûte que coûte. Quitte à privilégier une victoire des Républicains et à se retrouver sans aucun élu. Dans le vestiaire socialiste, la tactique fomentée depuis dimanche soir semble assez claire. Leur chef de file, Jean-Christophe Cambadélis a déjà invité les candidats PS arrivés en troisième position au premier tour à se retirer, adoptant la ligne dite du « front républicain », bien résumée par la formule « n’importe qui mais pas le FN ».

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Sur le papier, trois régions sont concernées par des triangulaires : Le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, où Pierre de Saintignon (3e avec 18,3 % des voix) a accepté de se désister pour le second tour. La PACA, où Christophe Castaner (3e avec 16,6 %) s’est également autoéliminé. Et enfin le Grand Est, où malgré son retard conséquent et les consignes du parti, Jean-Pierre Masseret (3e avec 16,11 %) n’a, lui, pas l’intention de rayer son nom.

En attendant une harmonisation des décisions dans toutes les régions, se pose la question de l’efficacité d’un tel retrait. Le report de voix escompté du PS vers Les Républicains peut-il réellement empêcher une victoire frontiste ? « Ce qui est sûr, c’est qu’en cas de triangulaire, tout laisse entrevoir que FN gagne avec certitude », observe Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique-opinion chez Harris-Interactive.

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Pour battre l’extrême droite, les sondeurs s’accordent à dire qu’il faut l’affronter en duel. Historiquement, les derniers scrutins confirment aussi le bien-fondé d’une telle stratégie électorale. Selon une étude Ifop publiée le 19 novembre, lors des élections départementales de mars, le PS s’est désisté dans 17 cantons où il était troisième au premier tour et où le FN a pointé en tête. Dans tous ces cantons, les électeurs socialistes ont apporté leurs voix à la droite, constituant de fait un barrage au FN. L’ex- « UMP » l’avait donc emporté partout.

« Rester prudent »

A l’inverse, la droite s’était retirée dans six cantons où elle arrivait en 3e position. Le FN avait tout de même remporté deux cantons ce qui laisse penser qu’une part des électeurs de droite se reporte sur le Front national plutôt que le PS. Voilà pour les enseignements chiffrés.

Pour Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, il faut néanmoins « rester prudent » sur une éventuelle répétition du scénario. « D’abord parce que le mode de scrutin n’est pas comparable. Aux départementales, on avait le plus souvent des duels liés à l’élimination du binôme de gauche. Pas un retrait. Quand il y a retrait, il peut y avoir des consignes de vote. » Mais à cette heure, rien n’indique par exemple que l’électorat PS votera massivement pour Xavier Bertrand (LR) dans le Nord face à Marine Le Pen. Encore moins qu’il se mobilisera pour un Christian Estrosi qui a fait une campagne très à droite en PACA.

Les abstentionnistes en arbitres ?

Pour preuve, seuls 57 % des électeurs socialistes approuvent l’idée d’un désistement PS au deuxième tour, selon un sondage réalisé dimanche soir par Harris-Interactive, dans la foulée du premier tour. Frédéric Dabi souligne enfin le rôle majeur des abstentionnistes (50,09 % au premier tour), dont l’éventuelle remobilisation au second tour, complique un peu plus cette équation à plusieurs inconnues.