Elections régionales: Le Front national s'implante durablement dans le Gard

REGIONALES La liste de Louis Aliot dépasse les 40 % sur le département, et effectue des scores historiques dans certaines communes, comme à Beaucaire (59,68 %)...

Nicolas Bonzom

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Marine Le Pen, Louis Aliot et Robert Ménard à Nîmes, le 2 décembre 2015.
Marine Le Pen, Louis Aliot et Robert Ménard à Nîmes, le 2 décembre 2015. — PASCAL GUYOT / AFP

Au vu des résultats du 1er tour des élections régionales ce dimanche soir, le Gard reste une terre d’ancrage du Front national. Le parti de Marine Le Pen y effectue même une poussée historique. Déjà, le 2 décembre, la candidate en Nord-Pas-de-Calais-Picardie twittait « Le Gard est une terre d’implantation réussie pour le FN ».

 

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Plus que le PS et LR réunis

Selon les résultats définitifs, la liste de Louis Aliot, vice-président du parti, a obtenu 40,5 %, soit plus que les scores du PS (17,8 %), qui s’effondre, et des Républicains (17,1 %) réunis, avec un taux de participation de 50,94 %. D’abord seulement installé sur le littoral et en Petite Camargue, le FN est aujourd’hui ancré quasiment partout dans ce département, qui fut pendant longtemps une terre de gauche.

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Dans certaines communes, Louis Aliot a même réussi un véritable raz-de-marée. Dans le fief de Beaucaire, commune de quelque 16.000 habitants, remportée en mars 2014 par le maire FN Julien Sanchez, Louis Aliot est à 59,68 %, soit près de 50 points devant la PS Carole Delga (10,70 %) et le Républicain Dominique Reynié (9,72 %).

« Si l’on torturait les gens, on ne ferait pas 60 % »

En ajoutant le score de l’ex-figure du FN Jean-Claude Martinez, parti seul aux urnes, cela porte l’extrême droite à 61,04 % à Beaucaire. « Si l’on torturait les gens dans nos villes, on ne ferait pas 60 % des voix, note Julien Sanchez. Sur le Gard, on voit un très bon résultat du FN, premier parti du département. Il dépassera 50 % dimanche prochain. »

A Saint-Gilles, commune de la 2ème circonscription du Gard qui a élu Gilbert Collard (Rassemblement bleu marine), le FN passe la barre des 50 %, et atteint 52,97 % des suffrages. Avec Jean-Claude Martinez, l’extrême droite est à 53,81 %. A Vauvert, le score est également très haut pour Louis Aliot : 48,93 %. Et 49,3 % avec les réserves de voix de Jean-Claude Martinez.

Une tradition d’extrême-droite en petite Camargue

« Il y a un quart de siècle, le Languedoc, c’était le « Midi rouge », une terre de gauche, souligne le Montpelliérain Paul Alliès, universitaire et enseignant en sciences politiques. Aujourd’hui, le FN a grignoté deux départements : le Gard, mais aussi l’Hérault. Dans le Gard, cela a commencé plus tôt. Il y a une tradition d’extrême-droite, notamment en petite Camargue, dont Beaucaire fait partie, qui remonte à la fin des années 1930 et au début des années 1940. Déjà, lorsque le FN est né, les premiers bastions se situaient là-bas. C’est une culture qui remonte aujourd’hui à la surface, poussée par un éclatement et une crise de leadership de la gauche… Et le taux de chômage, et le vieillissement de la population, rajoutent à cette flambée du FN. »

« Un score désolant »

A noter le score du FN à Nîmes, capitale du Gard, terre de droite, gérée par le RPR, puis l’UMP, puis les Républicains depuis 30 ans : Louis Aliot obtient 33,5 %, tandis que Dominique Reynié (LR) est à 21,8 % et Carole Delga (PS) à 18,9 %.

A gauche, le Gardois Damien Alary (PS), juge le score élevé du FN « désolant », « même si je m’y attendais, les scores de ce parti sont quand même très forts dans le sud du Gard et la vallée du Rhône. »

Christophe Cavard, député écologiste, qui a claqué la porte d’EELV au printemps, pense qu’il s’agit d’un signe « d’une crise démocratique forte ». « Son score dans certaines villes, Beaucaire ou Vauvert, fait trembler ». « Ce vote ne montre qu’une chose : le ras-le-bol et la lassitude des gens, auxquels on ne sait pas répondre », note Max Roustan, maire LR d’Alès.