Régionales 2015: Les attentats terroristes ont-ils un impact sur les élections?

ÉLECTIONS En mars 2012, les tueries de Mohamed Merah avaient peu influé sur le scrutin présidentiel…  

T.L.G.

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Un total de 171 listes a été enregistré pour le premier tour des élections régionales des 6 et 13 décembre en métropole et outremer, soit une moyenne de dix listes par région
Un total de 171 listes a été enregistré pour le premier tour des élections régionales des 6 et 13 décembre en métropole et outremer, soit une moyenne de dix listes par région — Alain Jocard AFP

Une drôle de campagne. Depuis les attentats de Paris, les élections régionales ont pris une tournure inédite. Dès le 13 novembre au soir, la classe politique a suspendu la campagne dans un mouvement d’unité nationale. Après quelques jours de recueillement, la joute politique a repris ses droits. Mais le débat reste depuis très singulier.

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« Le climat de la campagne est encore marqué par le souci du rassemblement. Il y a une mise en sourdine de la polémique. Les candidats ont dans l’ensemble le sentiment d’être sous le regard du pays », remarque Stéphane Rozès, politologue et président de CAP (Conseils, analyses et perspectives). A quelques jours du vote, difficile d’imaginer l’impact des attaques terroristes sur le scrutin.

Le scrutin espagnol de 2004, marqué par les attentats

Pour trouver un attentat d’une telle ampleur en Europe, il faut remonter au 11 mars 2004. Cette année-là, Madrid est ébranlé par des attaques terroristes, qui font 191 morts. L’attaque touche l’Espagne en pleine campagne électorale, trois jours avant les législatives. Les conservateurs au pouvoir, menés par Jose Maria Aznar, avaient perdu les élections. « Aznar avait accusé à tort l’ETA. Les socialistes l’avaient traité de menteur. On a dit que cela avait fait pencher la balance », assure Barbara Loyer, politologue spécialiste du pays.

« La gauche et la droite étaient aux coudes à coudes dans les sondages avant les attentats. Le mensonge officiel d’Aznar et sa politique atlantiste en Irak ont joué un rôle dans sa défaite », précise Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à Iris.

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L’affaire Merah n’avait rien changé

En France, des événements terroristes ont déjà marqué un scrutin. Après les attentats de Mohamed Merah à Montauban et Toulouse en mars 2012, la campagne présidentielle avait été interrompue pendant plusieurs jours. « L’événement est extrêmement différent de celui de novembre mais il met également en prise une attaque djihadiste survenue en pleine campagne électorale », remarque Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop.

« A l’époque, certains disaient que les tueries favoriseraient Marine Le Pen, d’autres que le pouvoir en place -donc Nicolas Sarkozy- en bénéficieraient. Mais nos enquêtes ont montré qu’il n’y avait pas eu de remontée particulière de la droite ou du FN », poursuit le sondeur. « Difficile de comparer les régionales et les présidentielles », avance Stéphane Rozès. « Les thématiques régionales sont peu investies par l’opinion, donc l’élasticité de la campagne est plus importante et l’impact joué par les attentats pourrait être plus fort »

Frédéric Dabi estime que le rapport de force électorale ne sera pas bouleversé malgré l’émergence de la thématique sécuritaire dans le débat. « De manière globale, on ne peut pas dire que les attentats ont radicalement changé la donne ou inversé les tendances. Ils ont plutôt amplifiés des tendances qu’on voyait avant le 13 novembre ».