Régionale 2015 : L'étrange campagne post-attentat en Ile-de-France

ELECTIONS A cinq jours du premier tour, dans une ambiance encore marquée par les attentats, les têtes de liste en Ile-de-France repartent en campagne... 

Fabrice Pouliquen

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Valérie Pécresse, entourée de Georges Siffredi, maire de Chatenay-Malabry, et Patrick Devedjian, (à droite) président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, lors d'un meeting à Chatenay-Malabry, le 24 novembre.
Valérie Pécresse, entourée de Georges Siffredi, maire de Chatenay-Malabry, et Patrick Devedjian, (à droite) président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, lors d'un meeting à Chatenay-Malabry, le 24 novembre. — . AFP PHOTO / JACQUES DEMARTHON

« C’est trop tôt, les Franciliens n’ont pas la tête aux élections. » L’argument a longtemps été servi par plusieurs candidats aux élections régionales en Ile-de-France pour ne pas dévoiler tout de suite leurs propositions concrètes.

Des annulations en pagaille

Les principales cartouches -les grands meetings, les grands collages, les débats télévisés- devaient être lâchées dans les dernières semaines avant ce dimanche, jour du premier tour. Pas absurde à vrai dire. Sauf qu’entre-temps, les attentats du 13 novembre sont passés par là. La campagne s’en est retrouvée interrompue près d’une semaine, pour la majorité des candidats et même jusqu’au 26 novembre pour Claude Bartolone.

« Nous avons annulé deux meetings et notre grande opération militante de la campagne intitulée 72h de l’Ile-de-France bleu marine », indique Aurélien Legrand, directeur de campagne de Wallerand de Saint-Just, tête de liste FN en Ile-de-France. « Nous avons supprimé une réunion publique et transformé une autre en un temps de recueillement », indique-t-on également dans le camp de Valérie Pécresse.

Le maintien des élections « comme meilleure réponse au terrorisme »

Pour autant, aucun des candidats n’a demandé le report des élections. Igor Zamichiei, directeur de campagne de Pierre Laurent, la tête de liste Front de gauche, voit même, dans le maintien du vote, « la meilleure réponse apportée aux terroristes ». Et puis, depuis les attentats, les Franciliens auraient enfin la tête aux élections. C’est du moins le constat que fait sur le terrain Marie-Pierre de la Gontrie, porte-parole de Claude Bartolone : « Autant, il y a quelques semaines, les gens que nous croisions étaient vaguement au courant qu’il y avait des élections régionales. Autant aujourd’hui, ils sont beaucoup plus impliqués, nos échanges sont plus concrets ». « Les Franciliens sont en attente de solutions et de débats », confirme un proche de Valérie Pécresse.

Pas de débats télévisés pour Claude Bartolone

Mais de débats, il n’y en aura justement pas avant le 1er tour. Du moins, aucun ne réunira autour de la table l’ensemble des têtes de liste candidates en Ile-de-France. « La faute à Claude Bartolone qui refuse les invitations », fustigent Les Républicains comme Aurélien Legrand, au FN. « Nous avions donné notre accord à un débat télévisé le 26 novembre sur France 2, mais la chaîne a finalement annulé en raison de la proximité de l’événement avec l’hommage national aux victimes des attentats aux Invalides », indique Luc Carvounas, directeur de campagne de Claude Bartolone.

Il y aura bien un débat télévisé ce mercredi soir, sur France 3. Wallerand de Saint Just (FN), Emmanuelle Cosse (EELV), Pierre Laurent (Front de Gauche) tout comme Valérie Pécresse (LR) y seront. Mais toujours pas Claude Bartolone… pour des raisons tactiques cette fois-ci. « Nous ne voulons pas nous retrouver autour d’une table avec Pierre Laurent et Emmanuelle Cosse et laisser entendre aux Franciliens qu’il y a des divergences entre les candidats de gauche alors qu’ils ont tous précisé qu’ils se rassembleraient le 6 au soir », reprend Luc Carvounas.

Focus sur la sécurité

Du coup, les attaques se font par médias interposés. Ces derniers temps, le camp des Républicains aime répéter que la profession de foi de Claude Bartolone, rédiger avant les attentats, n’aborde jamais la thématique de la sécurité. En face, l’équipe de Claude Bartolone fustige la présence de Valérie Pécresse à un meeting de la Manif pour tous, le collectif contre le mariage gay. Il n’aura pas fallu attendre longtemps avant que reprennent les échanges d’amabiltés.

Manuel Valls en meeting jeudi à Paris en soutien à Claude Bartolone
Manuel Valls participera, en raison des attentats, à un seul meeting avant le 1er tour des régionales, en allant soutenir ce jeudi 3 décembre à la Halle Carpentier (13e) Claude Bartolone. Avant les attentats du 13 novembre, qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés, le chef du gouvernement avait l’intention, comme il l’avait fait pour les départementales de mars, de s’impliquer personnellement dans la campagne en se rendant à plusieurs meetings en région.