Régionales en Bretagne: «Jean-Yves Le Drian n’a pas prévu de plan B ni de successeur»

ELECTIONS Le politologue Romain Pasquier livre son analyse sur la situation du ministre de la Défense…

Jérôme Gicquel

— 

Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian confirme le 16 octobre 2015 à Lorient (Morbihan) sa candidature à la présidence de la région Bretagne
Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian confirme le 16 octobre 2015 à Lorient (Morbihan) sa candidature à la présidence de la région Bretagne — FRED TANNEAU AFP

Ministre de la Défense à plein-temps et candidat à la présidence de la région Bretagne. Voilà la situation dans laquelle se retrouve Jean-Yves Le Drian à deux semaines du premier tour des régionales. Invité d’Europe 1 et d’iTélé, la tête de liste socialiste a indiqué dimanche que dans le contexte actuel il restera ministre « tant que le président de la République le jugera nécessaire ». Jean-Yves Le Drian n’abandonne pas pour autant sa région de cœur dont il vise toujours la présidence. « Une situation exceptionnelle » née des attentats de Paris que décrypte le politologue Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences-Po Rennes.

Comment analysez-vous la décision de Jean-Yves Le Drian de rester ministre et candidat aux régionales ?

Il poursuit sa stratégie de garder à la fois un pied en Bretagne et de bénéficier de la stature que lui confère son poste. Dans cette situation exceptionnelle que le pays connaît, sa fonction régalienne lui donne d’ailleurs un avantage très net par rapport à ses opposants. Son action en tant que ministre est saluée à droite comme à gauche et il est apprécié par l’opinion publique.

Rien ne l’empêche pourtant légalement à renoncer à être tête de liste ?

Non. Pour les régionales, le vote se fait pour des listes par circonscriptions départementales. Jean-Yves Le Drian pourrait très bien décider de rester simple conseiller régional en cas de victoire de la gauche. Mais il ne veut pas perdre la région et il est le seul candidat qui peut empêcher la région de basculer à droite. D’autre part, Jean-Yves Le Drian n’a pas prévu de plan B ni de successeur. Pierrick Massiot qui lui a succédé en 2012 était un président par intérim. Jean-Yves Le Drian a donc pris la décision d’attendre et ce sera au président de la République de décider pour lui s’il doit ou non cumuler en cas de victoire.

Peut-on être à la fois ministre de la Défense et président de région ?

A moment exceptionnel statut exceptionnel. Mais Jean-Yves Le Drian ne pourra pas être sur les deux fronts en même temps et il devra donc faire un choix. On peut ainsi envisager qu’il laisse les rênes à un président intérimaire le temps que la situation l’impose. Mais il ne pourra pas cumuler les deux mandats indéfiniment, il devra clarifier les choses.

Avant les attentats, Jean-Yves Le Drian était donné largement vainqueur dans les sondages. La situation actuelle a-t-elle changé la donne ?

Je pense que la campagne des régionales est déjà terminée. L’actualité dramatique de ces derniers jours a « tué » tous les débats régionaux. Le seul sujet, c’est désormais la sécurité de la France et ce n’est pas une compétence de la région. Dans cette situation, je pense que l’on s’achemine tout droit vers une victoire de Jean-Yves Le Drian en Bretagne.