Bretagne: Le Front national durcit le ton sur l’immigration

REGIONALES Le parti de Marine Le Pen s’est emparé du sujet, dans une région pourtant peu concernée…

Camille Allain

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Gilles Pennelle, candidat Front national aux régionales en Bretagne.
Gilles Pennelle, candidat Front national aux régionales en Bretagne. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

« La Bretagne est la région française avec le plus faible taux d’immigrés ». Ce constat, basé sur des données de 2009, a été établi par l’Insee qui chiffre le pourcentage d’immigrés à 2,7 % de la population bretonne, contre 10,2 % en Alsace ou 17,6 en Ile-de-France.

A quelques semaines des régionales, le Front national a pourtant décidé de s’emparer du sujet pour faire campagne, surfant sur la polémique autour de l’arrivée de migrants à Sérent (Morbihan), La Guerche-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) ou Langueux (Côtes d’Armor). « Sur le terrain, c’est la première chose que les gens nous disent. Ils ont peur. Ils veulent préserver leur mode de vie, leur identité », explique Gilles Pennelle, tête de liste Front national en Bretagne.

L’immigration, « une malchance »

Depuis le début de sa campagne, le Fougerais ne parle plus que d’immigration, ou presque. « Je l’assume. L’immigration, c’est une malchance pour la Bretagne. Ce n’est pas une position dure, c’est une réalité que nous dénonçons depuis des années », poursuit Gilles Pennelle. Annoncé à 16 % lors d’un récent sondage, le Front national n’a donc plus aucune retenue dans une région longtemps cataloguée comme chrétienne centriste.

Des militants comparent les migrants à « des cafards »

Cette terre bretonne, le FN y a longtemps échoué, ne parvenant pas à faire passer ses positions radicales. « En Bretagne, les discours violents ou extrêmes, fustigeant l’immigration ou l’argent, sont rejetés », expliquait le politologue Romain Pasquier. « Moi qui suis plutôt de tendance modérée, je m’étais posé la question de faire campagne sur l’immigration. Mais les arrivées massives de migrants inquiètent. Cela va probablement créer de l’insécurité, au moins dans l’esprit des gens », estime Gérard de Mellon, tête de liste dans les Côtes d’Armor et candidat aux municipales à Rennes en 2014.

Cette campagne anti-migrants amène inévitablement le parti à certaines dérives. Ainsi mercredi, des militants frontistes ont comparé les migrants à « des cafards » sur les réseaux sociaux. « Je n’emploie pas ces mots mais ils illustrent bien la colère des gens, leur désespoir », se défend Gilles Pennelle, avant d’ajouter. « Nous ne sommes pas contre les migrants comme individus. Nous combattons les politiques qui nous les imposent. Eux ne sont que les victimes ».

Désormais bien implanté, le FN mise sur les territoires ruraux pour briller aux régionales et faire son retour au sein de l’assemblée bretonne. « Si nous dépassons 20 %, nous pourrons être 12 à 15 à siéger. Cela suffit pour peser », se réjouit Gérard de Mellon.