Elections régionales: L'Union des démocrates musulmans français en campagne

RÉGIONALES 2015 Le parti avait fait polémique aux dernières élections départementales, avant de renoncer...

Thibaut Le Gal

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Illustration d'un électeur en train de glisser un bulletin dans une urne.
Illustration d'un électeur en train de glisser un bulletin dans une urne. — DAMOURETTE/SIPA

« Dé-islamiser le débat politique. » Nizarr Bourchada, conseiller municipal à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) conduira l’unique liste de l’Union des démocrates musulmans français (UDMF) pour les prochaines régionales en Ile-de-France. Si le terme « musulmans » apparaît dans le sigle du parti, cet ancien de l’UDI l’assure : « L’UDMF n’est ni un parti confessionnel, ni un parti communautaire », contrairement à ce qu’affirment ses détracteurs.

« D’énormes pressions sur le terrain »

C’est le contexte post-attentats qui a convaincu Nizarr Bourchada de franchir la porte du parti. « Il y a eu une recrudescence des actes islamophobes au premier semestre 2015, et personne dans la classe politique ne s’est indigné », assure-t-il, pointant du doigt « les politiques qui ont islamisé le débat public ». L’homme de 34 ans espère séduire « les abstentionnistes, comme les déçus de droite et de gauche » et entend « défendre une laïcité qui ne stigmatise pas une partie de la population ».

Créé en 2012, l’UDMF était apparue lors des dernières élections départementales. Mais les binômes présentés par le jeune parti musulman avaient finalement jeté l’éponge. « A la suite du matraquage politique, les mécènes du parti s’étaient désengagés, et nos candidats avaient subi d’énormes pressions sur le terrain », avance Nagib Azergui, fondateur et secrétaire national. A l’époque, Jean-Christophe Cambadélis avait qualifié d'« erreur stratégique majeure » l’existence d’un tel parti, critiquant « la communautarisation de notre vie politique ».

Marché du halal, cours d’arabe au secondaire

« Le mot musulman occupe le centre du débat, souvent pour stigmatiser, caricaturer et détruire la cohésion nationale », regrette Nagib Azergui. L’informaticien vise notamment les lois votées depuis 2004 qu’il juge « liberticides contre les musulmans », citant celle interdisant les signes religieux à l’école ou le voile intégral en 2010.

L’UDMF soutient depuis sa création le développement du marché du halal. « Un secteur économique sous-exploité, qui permettrait de créer des emplois, comme ça a été le cas pour l’entreprise de poulet Doux », relève-t-il. Nagib Azergui entend développer cette thématique, mais aussi celles de la finance islamique ou de l’enseignement de l’arabe au secondaire, « sous un précepte non religieux pour permettre d’évacuer les fantasmes ».

Pourtant, la formation reste sujette aux controverses. Nathalie Kosciusko-Morizet a récemment critiqué ce parti qui va à « l’envers de l’esprit de la République française » sur le plateau de Directpolitique. Le candidat FN en Île-de-France Wallerand de Saint-Just, a lui dénoncé « la vision communautariste » de l’UDMF dans un tweet.

« Le facteur religieux n’est plus déterminant dans la sociologie électorale »

Nizarr Bourchada met lui en avant « l’engouement intense sur le terrain » et les 6.000 soutiens sur la page Facebook du site. « Le Modem est à un peu plus de 7.000, on n’a pas à rougir. » Le parti espère transformer les like en bulletins, et faire des régionales un tremplin pour 2017. Pourra-t-il s’implanter dans la vie politique française ? Pas évident, estime Emmanuel Saint-Bonnet.

« Le facteur religieux n’est plus déterminant dans la sociologie de vote depuis la fin du 19e siècle », relève le spécialiste de la géographie électorale. « Le vote religieux ne déplace pas suffisamment de voix pour exister en tant que tel. Il n’y a qu’à voir le parti démocrate chrétien de Christine Boutin qui serait laminé à chaque élection sans le soutien des Républicains », ajoute-t-il.

« Nos propositions ne concernent pas que les musulmans mais tous les citoyens français », se défend Nizarr Bourchada, qui espère. « Nous pourrons enlever le terme "musulmans" de notre parti dans quelques années, quand le mot islam ne sera plus au centre des débats. »