La droite peut-elle progressivement reconquérir Paris ?

POLITIQUE Le PS a gardé la Mairie de Paris, mais le droite veut voir dans les résultats de dimanche soir une encouragements pour repartir à la conquête de Paris...

Oihana Gabriel

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Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), candidate UMP à la Mairie de Paris, le 8 octobre 2013.
Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), candidate UMP à la Mairie de Paris, le 8 octobre 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Une victoire capitale mais plus serrée que prévu. Si la gauche peut se targuer d’avoir sauvegardé Paris dans un contexte national très défavorable, la droite ne sort pas exsangue de ces élections municipales. Peut-on entrevoir un scénario semblable à 1995 quand Bertrand Delanoë grapillait petit à petit des points à Paris avant son élection en 2001? «La vague bleue s’est heurtée au périphérique alors qu’en banlieue des villes socialistes et communistes sont tombées à droite, nuance Jérôme Fourquet, de l’institut français d’opinion publique (Ifop).»

La droite passe de 63 à 71 conseillers de Paris

Pour autant, on ne peut parler de défaite de la droite à Paris. En effet, le PS recule au Conseil de Paris, les écologistes ayant décroché 16 sièges (contre 11 en 2008) et les communistes, 13 (contre 8). Certains arrondissements très marqués à gauche voient une poussée de l’UMP: c’est le cas du 20e, qui ne comptait aucun conseiller de Paris depuis 2008 et qui en aura désormais quatre. Autre satisfaction pour l’UMPPA, Anne Hidalgo s’est fait devancer de 27 points par Philippe Goujon dans le 15e. Mais la grande victoire de NKM se situe dans le 9e, premier arrondissement à basculer à droite pour la première fois depuis 2001. Delphine Bürkli (UMP) emporte le morceau avec seulement 1 % d’avance. «NKM a limité la casse», résume Jean Garrigues, spécialiste d’histoire politique.

«Globalement, la droite a connu un grand succès au point de vue national, même si cet effet a été atténué à Paris à cause d’un mode de scrutin illisible et illogique pour l’ensemble des Parisiens, se targue Jean-François Legaret, réélu à la mairie du 1er arrondissement dès le premier tour. Certes, le bilan est décevant car on aurait préféré gagner la capitale. Mais nous allons progresser au conseil de Paris en passant de 63 à 71 conseillers. Madame Hidalgo aura du coup une situation politique beaucoup plus compliquée que son prédécesseur. Une chose est sûre, à la lumière des résultats de dimanche soir, la reconquête de Paris est en marche.»

Si reconquête de Paris par la droite il y a, elle devrait être très progressive et difficile. «L’alternance est inscrite dans l’histoire de la capitale, avance Jean Garrigues, historien et professeur à Sciences Po. Il paraîtrait logique que Paris repasse à droite à un moment donné. On peut penser qu’Anne Hidalgo n’ait pas le charisme de Bertrand Delanoë, elle est donc plus vulnérable.»

Mais la plus grande difficulté pour la droite, c’est la sociologie parisienne. «Anne Hidalgo va contrôler pendant six ans la politique du logement et donc peut l’orienter dans un sens favorable à la gauche, reprend l’historien. Le rôle de la politique culturelle et sociétale a contribué à fixer un électoral favorable à la gauche.»

«Si NKM ne laboure pas ce qui a été semé, le soufflet risque de retomber»

Première gageure: rassembler un parti miné par les oppositions et les dissidences. Et trouver un leader. Mais pour Jérôme Fourquet, la destinée de la droite à Paris repose beaucoup sur les choix de Nathalie Kosciusko-Morizet. Va-t-elle contrairement à ses prédécesseurs poursuivre le combat pour Paris avec en ligne de mire les prochaines élections municipales? «En effet en 2001, le candidat de la droite Philippe Séguin avait démissionné du conseil de Paris après sa défaite face à Bertrand Delanoë et en 2008 Françoise de Panafieu s’était concentrée sur son arrondissement. En ayant gagné le 9e et de nouveaux élus, elle a assis sa légitimité. Mais préfère-t-elle s’investir pour être visible, travailler les dossiers, s’ancrer dans le 14e ou s’orienter vers une destinée nationale? La balle est dans son camp. Si NKM ne laboure pas ce qui a été semé, le soufflet risque de retomber. Elle est plus efficace dans la critique que les vieux barons surtout préoccupés par leur réélection dans leur arrondissement.»

Quel avenir pour NKM?, c’est par ici

NKM à la tête de l’UMPPA, c’est envisageable mais pour Jérôme Fourquet, cette piste rencontre deux difficultés: «sa personnalité ambitieuse et pressée et une droite qui n’est pas pacifiée». Pour Jean Garrigues, NKM ne semble pas encore incontournable: «A la différence de Delanoë en 1995, qui était focalisé sur la conquête de Paris, il n’est pas sûr qu’elle ait cette ambition. D’autant que le contexte national peut beaucoup changer en six ans. Et que l’hypothèse de la Métropole de Paris [qui doit voir le jour en 2016] jouera un rôle dans la répartition des gouvernances et dans une redistribution politique.