Municipales: A Fréjus, une victoire du FN sous haute tension

POLITIQUE Après la victoire du frontiste David Rachline...

Caroline Delabroy
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David Rachline (FN) quitte son bureau de vote à Fréjus, le 30 mars 2014
David Rachline (FN) quitte son bureau de vote à Fréjus, le 30 mars 2014 — Jean-Christophe Magnenet AFP

De notre envoyée spéciale à Fréjus

Entre abattement, cris de joie et de colère, Fréjus est devenue dimanche soir une ville Front national. Sans surprise, le candidat frontiste David Rachline, 26 ans, a bénéficié de la triangulaire qui l’opposait à deux listes de droite. Avec 45,55 % des voix, il laisse loin derrière ses concurrents, le candidat UMP Philippe Mougin (30,43 %) et le maire sortant Divers droite Elie Brun (24,01 %), dans un scrutin marqué par une forte participation (71,46 %).

Le jeune maire n’a pas savouré publiquement sa victoire, tant l’atmosphère est tendue sur la place de l’hôtel-de-ville. Pour sa première prise de parole devant la presse et des militants, il a préféré se replier dans un restaurant du centre, dont l’accès est protégé par un cordon de CRS. Il s’est finalement exprimé dans un restaurant du centre-ville, dont l’accès était protégé par un cordon de CRS. Il s’est félicité d’un «résultat sans appel» et a lancé un appel «à tous les Fréjussiens», «quelles que soient leurs origines et leurs convictions» pour mettre en mettre en œuvre un projet qu’il qualifie «d’alternatif». Enfin, il a tiré les leçons nationales de ce scrutin: «C’est un signal envoyé aux millions de Français qui souffrent de l’incurie sociale du gouvernement.

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Devant le petit QG du FN, face à la mairie, le visage détendu de Déborah, 20 ans, contraste avec la tension ambiante. «On est tous très fiers de ce qui se passe à Fréjus, dit-elle. J’attends qu’il fasse le tri dans le clientélisme». Même sourire chez Valérie, 41 ans, gérante de société: «J’ai voté pour Rachline, pour voir changer les choses». Elle se défend de tout racisme, «tant que les gens aiment le drapeau français». De l’autre côté de la place, les mots fusent, tendus: «On ne veut pas du FN à Fréjus», «Mon père a fait la guerre pour la France, pas ces gens-là», «Bande de fachos!». Beaucoup de jeunes sont là, dont certains venus de la commune voisine de Saint-Raphaël, pour «voir ces résultats atypiques».

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De la tristesse se lit dans le regard d’Eric et Morgane, 40 ans, commerçants à Fréjus. «On en veut beaucoup à Elie Brun, il aurait dû se retirer», déplorent-ils. «Il n’a pas pensé aux Fréjussiens, on n’en veut pas nous de cette tension dans la ville». «Les deux candidats UMP ont clairement offert la ville sur un plateau d’argent», enrage aussi Benoît, 30 ans. «Comment on va pouvoir travailler dans une ville où les subventions aux associations culturelles vont sans doute baisser, s’inquiète-t-il. J’ai déjà connu Vitrolles où les associations et salles de concert ont fermé les unes après les autres».

Nicolas, animateur dans une radio locale, réserve encore sa réponse. «On est complètement dans l’inconnu», affirme-t-il. «Depuis janvier, on savait qu’il se passerait quelque chose dans ce goût là, poursuit-il. Quand le FN a installé son QG sur la place de la mairie, cela a été un premier indice. Il y a eu un énorme forcing de la tête du parti à Paris: on ne voyait que Rachline sur les murs de la ville». Sabrina, quant à elle, ressent un sentiment d’injustice: «On est quand même plus de 50 % à ne pas avoir voulu le FN». Né à Fréjus à 35 ans, Sébastien n’est pas de cet avis. «Pour moi, c’est un plébiscite», tranche-t-il. Et de s’interroger de la suite: «Comment on va s’opposer? Je ne me suis jamais engagé en politique, mais là j’y réfléchis sérieusement.»