Grenoble: Eric Piolle est-il le nouvel Hubert Dubedout?

À Grenoble, Souhir Bousbih

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Le candidat écologiste Eric Piolle est arrivé en tête au premier tour, à Grenoble, avec 29,41% des suffrages.
Le candidat écologiste Eric Piolle est arrivé en tête au premier tour, à Grenoble, avec 29,41% des suffrages. — M. Pavard/Pleins Titres/20 Minutes

L’histoire se répéterait-elle? Cinquante-ans après l’élection d’Hubert Dubedout à la mairie de Grenoble, certains voient déjà en Eric Piolle (EELV-PG) son héritier intellectuel. Une succession lourde de sens, au regard du parcours de celui qui a dirigé la ville pendant 18 ans (1965-1983) et qu’on appelait alors le «meilleur maire de France»…

 Un homme « au-dessus des partis »

Le premier à faire cette comparaison s’appelle François Lalande, directeur du cabinet du maire de 1975 à 1981. Pour lui, ça ne fait aucun doute: Eric Piolle et Hubert Dubedout sont de la même trempe. « Je retrouve chez Eric Piolle le caractère et les pratiques d’Hubert Dubedout. Comme lui, je dirais qu’Eric est un homme intègre, de dossiers, et qui traite avec les autres en refusant les combines politiciennes. Il faut rappeler qu’il ne s’est engagé avec EELV qu’en 2010, au moment où les Verts voulaient s’ouvrir à la société civile. Il est dans une attitude de concertation, qui va bien au-delà des partis» poursuit-il. Vincent Comparat, qui a fait campagne aux côté d’Hubert Dubedout en 1983, va plus loin: « Eric Piolle a réussi à agréger dans sa liste une composante très forte de gens qui se sont battus dans des collectifs citoyens, contre des projets portés par la municipalité. La démarche de ces groupes se rapproche de celle initié par les GAM (groupe d’action municipal), créés par Hubert Dubedout en 1964.»

Deux vies, un seul destin?

Même façon de faire de la politique, même vision des choses, on pourrait croire que la liste s’arrête là. Et bien non. Car le plus étonnant dans cette histoire, ce sont les biographies quasi analogues des deux hommes. Hubert Dubedout et Eric Piolle ont grandi à Pau et étudié dans le même lycée, avant de déménager à Grenoble. Ils ont poussé la comparaison jusqu’à faire le même métier d’ingénieur et s’investir dans la vie civile, avant d’embrasser une carrière politique. «  Ils ne sont pas originaires d’ici, mais ils incarnent chacun à leur manière le modèle Grenoblois. Hubert Dubedout a permis la réalisation de grands travaux et Eric Piolle veut continuer à innover» poursuit un autre proche d’Hubert Dubedout.

 Un héritage disputé

Et c’est justement là que le bât blesse. Pour Annie Deschamps, adjointe aux associations de 1977 à 1983, Eric Piolle met à mal le développement de Grenoble: « Jérôme Safar s’inscrit plus dans la lignée d’Hubert Dubedout, qui avait compris qu’on ne pouvait pas mener de politique de solidarité sans développement économique durable ». Bernard Faure, ancien conseiller municipal de Grenoble, voit aussi dans Jérôme Safar un meilleur candidat qu’Eric Piolle à la succession : «  Il y aune filiation avec Hubert Dubedout sur le plan humain. Ce sont tous les deux des capitaines de navire, qui ont le sens de la justice. Et surtout, ils aiment leur ville ».