Municipales 2014: Polémique sur un «front républicain» en miettes

POLITIQUE Battu en brèche par la droite, critiqué à gauche, le pacte gauche-droite pour faire barrage au FN a pris du plomb dans l’aile…

Anne-Laëtitia Béraud

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Marine le Pen lors de sa conférence de presse le 25 mars 2014 au siège du Front National à Nanterre
Marine le Pen lors de sa conférence de presse le 25 mars 2014 au siège du Front National à Nanterre — Pierre Andrieu AFP

«La question du front républicain ne se pose pas, car la République n’est pas en danger à cause de l’élection de deux ou trois maires du Front national», déclare François Fillon dans une interview au Figaro jeudi. Une phrase qui provoque une poussée d’urticaire au PS, qui juge les propos du député de Paris «consternants et révoltants».

En effet, à l’issue du premier tour des municipales et la poussée inédite du Front national, le PS a réactivé la consigne du «front républicain», ordonnant à ses candidats distancés par la droite de se désister «pour empêcher qu’un candidat FN emporte une municipalité». Une stratégie battue en brèche par l’UMP, qui professe depuis les cantonales de 2011 «ni vote FN, ni vote PS» en cas d’absence de candidat UMP au second tour des élections.

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Le «front républicain» serait-il désormais observé des seuls socialistes et centristes de l’UDI? Si la consigne de Solférino a été globalement suivie par ses candidats, -malgré quelques ratés, notamment à Béziers-, des voix s’élèvent aussi à gauche pour remettre en cause cette stratégie. «Je pense qu’il faut se permettre d’avoir un débat, mais aussi de dire que le front républicain, ce n’est pas automatique», affirme ainsi le député PS Razzy Hammadi le 24 juin 2013, lors de l’élection législative partielle à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne).

Augmentation du nombre de voix pour les candidats FN entre les deux tours

«Le «front républicain» n’a plus lieu d’être», écrivent quelques jours plus tard les parlementaires cofondateurs de la «Gauche forte» Yann Galut, Patricia Schillinger et Alexis Bachelay dans Le Monde: «L’automaticité de l’appel au vote UMP ne saurait être de mise […] quand cette logique de front fait preuve d’une inefficacité patente.» Des prises de position socialistes qui trouvent écho chez le co-président du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui dénonce alors l’«escroquerie» du «front républicain». «Nous sommes sommés de voter, ou socialiste ce qui ne sert strictement à rien […] ou bien pour l’UMP, qui est la copie conforme du Front national».

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Reste la question du choix des électeurs. Faute de réciprocité, les électeurs de gauche semblent de plus en plus opposés à voter sur le terrain pour des candidats de droite au second tour. Les signes de cette réticence grandissante sont les victoires, sur le fil, des candidats UMP aux législatives partielles de 2013 dans l’Oise et le Lot-et-Garonne. Pour ces deux élections, la gauche avait appelé à faire élire le candidat UMP. Mais les frontistes, eux, avaient réussi à attirer plusieurs milliers de voix entre les deux tours. Une augmentation du nombre des suffrages entre les deux scrutins qui avait notamment permis au candidat FN Laurent Lopez de remporter la cantonale partielle d’octobre 2013 à Brignoles, dans le Var.