Municipales 2014: Les scores du FN dans les villes du Grand Ouest en quatre points

POLITIQUE Dans plusieurs villes de l’ouest de la France, traditionnellement rétives au FN, des candidats FN réussissent à se maintenir au second tour des élections municipales…

Anne-Laëtitia Béraud
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Marine Le Pen, présidente du Front national, le 24 mars 2014 à Nanterre.
Marine Le Pen, présidente du Front national, le 24 mars 2014 à Nanterre. — J. Brinon/AP/SIPA

C’est l’une des surprises du premier tour des municipales. Le Front national, qui réalise une forte poussée, perce dans certaines villes du Grand Ouest, traditionnellement peu réceptives aux idées d’extrême droite. Une nouveauté qui fait dire à sa présidente Marine Le Pen dimanche sur TF1 que «le Front national s'implante comme il le voulait, et il le fait avec un cru exceptionnel». Ainsi, dans les villes de gauche Lorient, Tours, Poitiers ou Cognac, des candidats FN se maintiennent au second tour des municipales.

Comment expliquer cette percée de l’extrême droite dans ces territoires, qui représentent «une terre de mission» pour le parti? Eléments de réponse avec Emmanuel Saint-Bonnet, politologue, spécialiste de la carte électorale.

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Le Grand Ouest n’est pas préservé de la crise

«Ces villes du Grand Ouest ont certes moins connu la désindustrialisation que le Nord-Est, ou l’immigration dans le Sud, mais cela ne les empêche pas d’être touchées par la crise et de devenir sensibles au discours du FN», explique le politologue. Mais si la poussée du FN dans ces territoires est inédite, «elle n’est pas une surprise. Les résultats du FN aux dernières élections cantonales pouvaient esquisser cet élargissement de la base des électeurs». Par exemple à Poitiers-centre, les candidats FN avaient totalisé 9,35% des suffrages exprimés aux cantonales de 2011, puis 10,14% aux législatives de 2012.  Au soir du premier tour des municipales 2014, le parti a totalisé 12%.

Des territoires hors des cercles de pouvoir

«Ces villes au vote FN sont généralement des villes moyennes, qui se sentent à l’écart des cercles du pouvoir», analyse Emmanuel Saint-Bonnet. En effet, à Lisieux (21.400 habitants), Saint-Brieuc (46.000), Laval (51.000), Saumur (27.000 hab.) ou encore Lorient (57.000 hab.), des candidats FN réussisent à se maintenir au deuxième tour des municipales. Des villes moyennes, en périphérie des grandes métropoles actives, qui constituent le cœur de cible électoral du parti, avec des électeurs craignant le déclassement et l’abandon des pouvoirs publics.

Selon Emmanuel Saint-Bonnet, l'indignation des bonnets rouges en Bretagne (où trois listes FN se maitiennent à Fougères, Lorient et Saint-Brieuc) constitue un indice de cette crainte d’un abandon de la République. «Les bonnets rouges n’étaient pas un mouvement séparatiste, mais au contraire une révolte jacobine, avec des Bretons frustrés de voir la République les laisser tomber.»

Des électeurs qui se sentent abandonnés

Mais si le FN prospère dans des villes moyennes, comment expliquer des scores dans des plus grandes villes telles Tours, Le Mans ou Limoges? «N’oublions pas les électeurs dans les quartiers, qui se sentent abandonnés des pouvoirs publics et qui sont sensiblement touchés par la crise», continue Emmanuel Saint-Bonnet. Parallèlement à la crise, des électeurs d’une gauche populaire se sentiraient trahis par un pouvoir obnubilé par les minorités, au détriment d’une majorité devenue invisible, précise le politologue. «Pour manifester leur colère, ces électeurs ont pu préférer le Front national ou l’abstention».

Le rôle de l’abstention

Enfin, l’abstention record du premier tour des municipales a pu jouer en faveur du FN dans quelques villes. Dans les villes qui verront un candidat FN se maintenir au second tour des municipales, on observe que le taux de participation était souvent faible. Il était à Cognac, en Charente, de 56,12%, inférieur à celui de 2008 (58,36%); à Poitiers, dans la Vienne, de 52,19%; à Blois, en Loir-et-Cher, de 52,14%. «Cette abstention a pu faire monter de facto les résultats du FN», conclut Emmanuel Saint-Bonnet.