Deux fois plus de femmes maires qu'en 2008 sur l'agglomération de Bordeaux

MUNICIPALES Aucune candidate sortante n'a été battue lors des élections sur le territoire de la communauté urbaine de Bordeaux, et les femmes ont même emporté quatre nouvelles mairies...

Mickaël Bosredon

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Illustration vote lors des elections municipales de 2014.
Illustration vote lors des elections municipales de 2014. — POL EMILE / SIPA/SIPA

Les femmes se sont conduites en véritable patronnes lors des municipales sur la Communauté urbaine. Les quatre femmes maires sortantes ont été réélues, dont trois dès le premier tour. Béatrice de François à Parempuyre a dû, elle, attendre le second tour pour confirmer son mandat.

Surtout, la Communauté urbaine enregistre l’élection de quatre nouvelles «mairesses» à l’issue du premier tour: Anne-Lise Jacquet (droite) à Artigues, Andréa Kiss (PS) au Haillan, Josiane Zambon (PS) à Saint-Louis de Montferrand et Agnès Laurence-Versepuy (droite) au Taillan-Médoc! Huit mairies de l’agglomération bordelaise sont donc désormais dirigées par des femmes, sur vingt-huit communes. C'est deux foix plus qu'en 2008.

«Les mairies de gauche tenues par des femmes ont tenu la barque»

«Je ne sais pas si c’est un hasard ou s’il faut y voir une tendance de fond, mais il est vrai que ces résultats sont intéressants» analyse Christine Bost (PS), réélue à Eysines avec 56,13%.

«Je note surtout que toutes les mairies de gauche tenues par des femmes, Eysines, Blanquefort et Bruges, où Brigitte Terraza réalise un très beau score de 52,27%, ont bien tenu la barque face à la poussée de la droite, et au Haillan, la succession de Bernard Labiste a été parfaitement assurée par Andréa Kiss.»

Elue avec 51,72% au Haillan, Andréa Kiss pense que «l’arrivée de nouvelles têtes, notamment de femmes candidates uniquement à la fonction de maire, et d’une génération plus jeune, a sans doute séduit les habitants de la CUB.»

Parisienne d’origine, cette juriste de formation, désormais enseignante au lycée Pape Clément à Pessac, est arrivée il y a vingt ans au Haillan. «Je m’y suis installée par hasard, et comme tous ceux qui ont posé leurs valises au Haillan, je suis restée.» Après deux mandats au sein de la majorité municipale, un premier comme conseillère municipale, et un deuxième comme première adjointe en charge de la culture et de la vie associative, elle s’est lancée lorsque le maire sortant a décidé de ne pas se présenter. «Nous avons fait beaucoup de terrain avec mon équipe, largement renouvelée puisqu’il n’y avait que dix sortants, et c’est aussi cela qui a payé.»

«Peut-être que la réputation des femmes en politique est meilleure»

A Saint-Louis-de-Montferrand, Josiane Zambon avait également la lourde tâche de succéder au maire sortant, Pierre Soubabère, élu pour la première fois dans la commune en 1977, et maire depuis 2001.

L’ancienne adjointe aux finances a réussi son pari, passant de justesse avec 50,7%, face à deux autres listes. «C’est vrai que notre équipe avait plutôt l’habitude de passer avec 60-70%, mais nous n’étions pas habitués non plus à avoir trois listes!» commente l’élue, qui travaille à la direction de l’hôpital Saint-André à Bordeaux. La montée en puissance des femmes au niveau de l’agglomération, vient «sans doute d’un désir de changement chez les électeurs», commente-t-elle. Et «peut-être que la réputation des femmes politiques est meilleure» se hasarde-t-elle. «Dans tous les cas, on voit de plus en plus de femmes prendre des responsabilités, alors pourquoi pas en politique?» Elle n’a en tout cas pas eu à souffrir de sexisme dans sa mairie. «Au contraire, on m’a très vite confié des responsabilités, et on m’a encouragé pour que je prenne la relève.»

Deux des quatre mairies enlevées par la droite l’ont été par des femmes

Mais il n’y a pas que la gauche qui peut dire merci à ses candidates. Deux des quatre villes que la droite a fait basculer lors du premier tour, ont été l’œuvre de femmes. Ainsi, à Artigues, Anne-Lise Jacquet a été élue avec 53,79% des voix dimanche soir.

«De plus en plus de femmes s’engagent en politique, analyse-t-elle, et là-dessus, l’instauration de la parité a eu du bon.» Chargée de mission pendant dix-huit ans à la communauté urbaine de Bordeaux auprès du groupe Communauté d’avenir (UMP-UDI-MoDem), elle était auparavant au cabinet d’Alain Cazabonne (maire MoDem de Talence). «Je connais donc très bien la maison «CUB», et le milieu de la politique.» Anciennement encartée à l’UDF, elle ne représente «plus aucun parti» dorénavant. Après six années passées dans l’opposition à Artigues, «j’ai mené une véritable campagne de terrain. Et puis, je n’ai pas d’autre ambition politique… Je crois que les électeurs apprécient de savoir que leurs candidats vont se consacrer uniquement à leur mairie.»

«Moins d’égo chez une femme politique»

Mais la plus grosse surprise du premier tour est venue du Taillan-Médoc, où Agnès Laurence-Versepuy a largement battu (56,36%) le maire sortant… Le premier secrétaire du PS en Gironde, Ludovic Freygefond.

«Les signaux étaient très positifs ces dernières semaines, assure-t-elle, mais quand on a vu les résultats dimanche soir,  on n’osait même pas y croire, sourit-elle. Rendez-vous compte que mon adversaire avait fait 72% en 2008!» A tel point que certains observateurs se demandent si la nouvelle équipe est bien prête à prendre les rênes de la mairie. «Nous le sommes, pas d’inquiétude là-dessus. Cela fait un an que nous épluchons tous les dossiers, et nous avons fait chiffrer toutes nos propositions.»

Gérante d’une société de fabrication de bouteilles en plastique, à Castelnau-de-Médoc, Agnès Laurence-Versepuy est une enfant du pays. «Ma famille habite Le Taillan depuis cinq générations, et ma mère a longtemps tenu une cave à vins dans la ville.» Elle pense également que le fait d’être une femme a pu peser dans la balance. «Les électeurs voient qu’il y a moins d’égo chez une femme politique qu’un homme», assure-t-elle.

En tout, quelque 20% de femmes étaient têtes de liste dans des communes de la CUB au premier tour. Toutes n'ont évidemment pas connu un dénouement aussi positif. Ainsi à Bordeaux, la seule candidate, Fanny Quandalle (FO) n' apu faire que 0,51%. A Talence, Monique de Marco (EELV) avec 16,67% n'a pas pu atteindre les 20% espérés.

Il n'empêche qu'à ce rythme là, la parité à la tête des 28 communes de la CUB pourrait être atteinte lors des prochaines élections municipales de 2020...