Grenoble: Jérôme Safar maintient sa candidature, le PS lui retire l’investiture

A Grenoble, Manuel Pavard et Souhir Bousbih

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 Le candidat PS Jérôme Safar a rassemblé 25,31% des voix au premier tour, derrière Eric Piolle (29,41%)
 Le candidat PS Jérôme Safar a rassemblé 25,31% des voix au premier tour, derrière Eric Piolle (29,41%) — M. Pavard/Pleins Titres/20 Minutes

Plus qu'une quadrangulaire, c'est un duel que les médias observeront dimanche prochain à Grenoble. Après d’intenses discussions en interne, Jérôme Safar a finalement refusé, ce mardi, la fusion au second tour avec la liste EELV-Parti de gauche, proposée dès dimanche soir par l’écologiste Eric Piolle, arrivé en tête au premier tour avec 29,41% des voix.

«Nos programmes divergent sur des points essentiels»

Avant cela, le candidat socialiste s’était enfermé de longues heures à l’Hôtel Mercure, enchaînant les consultations avec son équipe et les conversations téléphoniques, notamment avec Jean-Marc Ayrault et Eric Piolle. Puis, à 14h30, Jérôme Safar a traversé la rue pour rejoindre son local de campagne, située juste en face. Acclamé par les militants, il a dévoilé son choix final: «Devant la responsabilité qui est la nôtre, à savoir gérer une grande ville française, (…) je prends la décision de maintenir la liste que je conduis.»

«Je ne tomberai pas dans les jeux d’appareil, les électeurs ne le comprendraient pas, particulièrement en ce moment», a poursuivi le candidat PS, ajoutant: «Nos programmes et actions divergent sur des points essentiels. Il a ensuite égrené la liste de ses «désaccords» avec les écologistes: «le développement économique, la politique d’urbanisme et la nécessité de construire des logements sociaux, la sécurité, l’éducation, la future métropole et surtout l’innovation, fer de lance de la politique de notre ville.»

«Cette liste n’aura pas l’investiture socialiste», annonce le porte-parole du PS

Interrogé sur les risques de division de la gauche, Jérôme Safar a vivement réagi: «La gauche est déjà divisée à Grenoble. Les écologistes ne se sont jamais désistés depuis dix ans aux élections cantonales.» Il a en outre justifié sa décision en affirmant qu’il n’y avait «pas de danger de droite», celle-ci étant «extrêmement faible à Grenoble». Selon lui, «c’est l’avenir de Grenoble qui se joue au second tour. Le combat ne s’arrête pas au soir du premier tour. Jusqu’au bout, je serai le candidat de l’ambition, du développement et de la solidarité.»

Les pressions de Matignon et de la rue de Solférino n’y auront donc rien fait. «Des pressions, j’en ai eu hier, aujourd’hui et j’en aurai demain encore», a souligné Jérôme Safar, qui a admis avoir «discuté avec les états-majors parisiens». L’ont-ils compris? «On verra», a-t-il botté en touche. La réponse est arrivée en début de soirée, dans la bouche du porte-parole du PS David Assouline, interrogé sur RTL: «Nous avons tout fait, tout dit pour que la liste socialiste se désiste à Grenoble. Mais localement, ils en ont décidé autrement. Ce que je peux vous dire, c'est que cette liste de Monsieur Safar n'a pas et n'aura pas l'investiture socialiste au second tour.»

«Jérôme Safar a fait le choix de la division», selon Eric Piolle

Côté écologiste, la réaction n’a pas tardé. Pour Eric Piolle, «Jérôme Safar a fait le choix de la division, le choix d’un homme seul. C’est compréhensible sur le plan humain mais la responsabilité des élus est de se tourner vers le bien commun.» Selon le candidat du Rassemblement citoyen, de la gauche et des écologistes, «il y a ceux qui veulent changer les pratiques et ceux qui veulent conserver leur poste. Jérôme Safar refuse d’accepter le message clair envoyé par les électeurs.»

Après avoir critiqué «une certaine culture du propriétaire» chez les socialistes grenoblois, Eric Piolle a estimé que cette décision «cassait la possibilité de réconcilier le paysage politique à Grenoble». Pour lui, ce n’est en tout cas «ni une mauvaise nouvelle ni une bonne nouvelle. Depuis le début, c’est nous qui imposons nos thèmes de campagne, comme la gratuité des transports publics en cas de pic de pollution.» Appelant les électeurs PS au rassemblement, il a assuré qu’il serait «un élu au milieu des habitants. Je serai le maire qui anticipe, pas le maire qui subit.»

 Le second tour donnera donc lieu à une quadrangulaire avec le candidat de l’UMP Matthieu Chamussy (20,86% au premier tour) et celle du Front national Mireille d’Ornano (12,56%).