Grenoble: Pourquoi les Verts sont-ils numéro 1?

Propos recueillis par Souhir Bousbih

— 

 Eric Piolle est en tête au premier tour, avec 29, 41% des voix
 Eric Piolle est en tête au premier tour, avec 29, 41% des voix —

Jérôme Safar a vécu une sale soirée dimanche soir. Annoncé vainqueur dans les sondages, le candidat socialiste a été devancé de quatre points par son concurrent écologiste Eric Piolle. Le politologue Simon Labouret analyse ce retournement de situation pour 20Minutes…

À l’inverse d‘autres villes en France, le vote sanction profite à une alliance EELV-PG. Pourquoi ?

Parce que Grenoble est un  bastion de la gauche. En 2012, François Hollande a réalisé un très bon score ici, en recueillant  64% des voix. Parmi les déçus de sa politique aujourd’hui, beaucoup sont des électeurs de gauche. Dimanche, trois possibilités se présentaient à eux : s’abstenir, voter à droite ou pour cette liste unique en France, fusion du parti de gauche et des écolos.  Cette dernière option qui a récolté le plus de suffrages, mais la droite réalise aussi de meilleurs scores qu’en 2008.

Comment Eric Piolle a-t-il pu séduire l’électorat traditionnel du PS?

Il y a trois grands facteurs qui expliquent cela. Le premier, c’est la dynamique nationale. Il a réussi à capter les déçus de François Hollande, des personnes à gauche mais qui ne veulent plus voter socialiste. La deuxième chose, ce sont les mécontentements locaux. Un certain nombre de dossiers, comme les écoles, l’urbanisme, le tramway, le Stade des Alpes, ont mobilisé les Grenoblois. Eric Piolle est parvenu à agréger tout ça. Avec lui, les écologistes ont trouvé une tête de liste que les gens peuvent imaginer comme maire. Son parcours dans le privé lui donne de la crédibilité en tant que gestionnaire, on peut se dire qu’il va faire le job.  Et puis quelqu’un qui s’est opposé dans son entreprise à des licenciements,  ça inspire de la sympathie.  

Quel est le profil d’un électeur « écolo » Grenoblois ?

Plutôt de classe moyenne, blanc, diplômé et très urbain. Ce qui le distingue d’un autre électeur de gauche, c’est son fort libéralisme culturel. Eric Piolle a enfoncé le PS dans cette composante là. Il vit généralement dans l’arc nord de Grenoble, même si Eric Piolle a réussi à faire une percée dans les quartiers sud de Grenoble, notamment grâce à une campagne de terrain active.

À quoi peut-on s’attendre au second tour ?

Je n’exclus aucune hypothèse. Il y a aura peut-être trois ou quatre listes, tout dépendra de Jérôme Safar. Il vient de vivre un désaveu terrible, il est un peu comme Lionel Jospin en 2002. L’idée qu’il défendait, celle d’incarner la gauche qui rassemble,  la seule légitime,  a été balayée dès le 1er tour. Sa crédibilité en a pris un coup. S’il refuse la main tendue d’Eric Piolle, lui qui parlait de rassemblement, passera pour un mauvais perdant. S’il se maintient, ça sera tout ou rien. Mais il ne faut pas oublier que dans son équipe, certains sont des professionnels de la politique et vivent de ça. S’ils perdent l’élection, ils se retrouveront du jour au lendemain sans ressources, et ce paramètre peut peser dans sa décision de faire alliance avec les écologistes. En résumé, il a autant de raisons de fusionner que de s’abstenir.

Ce résultat aura-t-il une incidence au niveau national ?

Oui et non. C’est un signal pour les maires socialistes de grandes villes, qui peuvent se dire que ça peut arriver chez eux. Ça peut aussi impliquer de nouvelles alliances entre EELV et le Parti de Gauche Mais ce score, en y regardant de plus près, pendait au nez des socialistes à Grenoble. Aux européennes de 2009, Grenoble a fait les meilleurs scores en France (29%), devant Montreuil. Ils sont aussi parvenus à conserver leur canton face au PS en 2011. Ce score aujourd’hui ne peut pas se réduire à une conjonction.

L’épisode de pollution, qui a touché Grenoble ces derniers jours, a-t-il joué en sa faveur ?

On ne peut pas mesurer son impact, mais il est évident que ça ne l’a pas défavorisé.