Municipales 2014: Quatre questions sur les scores du Front national après le premier tour

POLITIQUE Retour sur les enseignements du premier tour des municipales pour le parti présidé par Marine Le Pen…

Anne-Laëtitia Béraud

— 

Meeting de Marine Le Pen, présidente du Front National, pour soutenir Eric Dillies, candidat du FN à Lille.
Meeting de Marine Le Pen, présidente du Front National, pour soutenir Eric Dillies, candidat du FN à Lille. — M.Libert/20 Minutes

Pourquoi ce score au premier tour des municipales est-il inédit?

Au lendemain du premier tour, les scores du Front national apparaissent inédits. Le parti caracole en tête dans 16 communes de plus de 10.000 habitants, dont Perpignan, Avignon, Forbach, Béziers, Fréjus et Tarascon, et sept autres villes plus petites. Il arrive second dans de grandes villes, comme à Marseille où le candidat FN devance de trois points le candidat socialiste, derrière le maire sortant UMP. Au second tour, le Front national devrait donc être présent dans plus d’une centaine de triangulaires, et en mesure d’enregistrer d’autres victoires, après celle, historique, d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Dans cette commune surinvestie par le FN, le secrétaire général du parti Steeve Briois l’a emporté dimanche dès le premier tour, avec 50,26 %. Autre motif de satisfaction, le parti réussit à élargir sa base d’électeurs au niveau national, avec des scores dans des villes du centre et de l’ouest du pays, traditionnellement rétif au Front national. «Ce score est inédit, mais pas historique, car il rejoint ceux obtenus par le parti dans les années 1990 dans le sud», nuance Sylvain Crépon, chercheur à l’université Paris-Ouest-Nanterre, spécialiste de l’extrême droite du Front national. Des résultats qui s’expliquent, selon le chercheur, par le fait que «la page de la scission de Bruno Mégret a été tournée, rendant le FN plus fort. Les mégrétistes ont réintégré le FN ou ont quitté la politique».

» La carte des résultats du premier tour à voir ici

Pourquoi est-ce une victoire de la stratégie de Marine Le Pen?

La stratégie de banalisation du parti d’extrême droite, impulsée par sa présidente, se voit avec ces scores confortée. Alors que le président honoraire «Jean-Marie Le Pen ne faisait pas confiance aux réseaux locaux et était obnubilé par les présidentielles, Marine Le Pen valorise l’implantation locale, le long terme», analyse Sylvain Crépon. Quant aux percées réalisées dans l’ouest de la France, avec notamment un maintien au second tour à Lorient, le chercheur estime que «ce score est inédit, mais qu’avec ces chiffres le FN ne pourra pas constituer une force de nuisance. La progression géographique du FN est néanmoins forte», souligne-t-il. Et pour Marseille, où le candidat FN arrive second, Sylvain Crépon précise que «le FN a toujours été puissant jusqu’à la scission de Bruno Mégret. Cette page tournée, le parti retrouve son socle d’électeurs.»

Pourquoi, malgré ces résultats, «le pouvoir de nuisance du FN reste limité»?

A une semaine du second tour des municipales, restent en suspens les questions de la réserve de voix du FN et de l’abstention, qui a atteint dimanche un niveau record avec plus de 38 %. Si les électeurs abstentionnistes se prononcent, voteront-ils pour un candidat FN ou un autre candidat? Selon le spécialiste du Front national Sylvain Crépon, «les bons résultats du FN se retrouvent dans des villes où il n’y a pas eu une abstention record. Ce qui pourrait signifier que les électeurs frontistes, dont le profil ressemble à celui des abstentionnistes, ont choisi de voter au premier tour. Le FN pourrait ainsi manquer de voix au second tour pour espérer gagner. Mais restons prudent avec les projections», avertit-il.

Pourquoi ces scores représentent-ils un bon présage pour ce parti aux européennes?

Avec les élections européennes, le Front national espère réaliser de meilleurs scores qu’au niveau national, grâce, notamment, au scrutin à la proportionnelle. Mi-février à Perpignan, l’eurodéputée Marine Le Pen annonçait espérer faire élire «entre 15 et 20» députés européens FN, et pouvoir enfin constituer un groupe parlementaire à Strasbourg avec des élus étrangers. Avec des résultats inédits au soir du premier tour des municipales, le parti pourrait bénéficier de cette dynamique pour engendrer de nouveaux succès en mai. Selon un sondage OpinionWay publié mi-février, le FN enregistre 20 % des intentions de vote pour les européennes, derrière l’UMP (22 %) et devant le PS (16 %).