Brigitte Fouré, candidate UMP-UDI à la mairie d'Amiens et son concurrent Thierry Bonté (PS). Le 12 mars 2014.
Brigitte Fouré, candidate UMP-UDI à la mairie d'Amiens et son concurrent Thierry Bonté (PS). Le 12 mars 2014. — Enora Ollivier / 20 Minutes

POLITIQUE

Municipales 2014: A Amiens, la droite espère reprendre la ville à la gauche à l’issue d’une campagne tendue

En 2008, la gauche avait remporté l'élection face au maire «historique» Gilles de Robien...

Dans sa permanence du centre-ville d'Amiens (Somme), le socialiste Thierry Bonté arrose consciencieusement les hautes plantes qui bordent la vitrine. Son directeur de campagne s'amuse: «C'est ton moyen de trouver la zenitude?» A dix jours du premier tour, les journées commencent tôt et finissent tard pour les candidats à la municipale. Et ne sont pas de tout repos.

A midi ce jour-là, l'équipe du candidat PS croise celle de l'UMP dans un kebab près du marché d’Etouvie, à l’ouest de la ville, où tous sont venus tracter. L’ambiance se tend, on se toise, on se lance quelques piques. Puis chacun replonge le nez dans son assiette kebab-frites en grommelant. 

Un projet de tramway qui crispe

Thierry Bonté, vice-président aux Transports d'Amiens-Métropole, a un défi considérable à relever: garder dans le giron de la gauche la capitale picarde, ravie en 2008 au centriste Gilles de Robien, qui y régnait depuis presque 20 ans. Début mars, un sondage a donné sa concurrente Brigitte Fouré, à la tête d’une liste d’union de la droite, gagnante au premier tour comme au second.

Mais la gauche ne s’en inquiète pas et la droite se garde bien de fanfaronner, chacun gardant en tête le souvenir de 2008, quand une enquête d’opinion avait fait de Gilles de Robien le vainqueur incontestable de l’élection, deux mois avant le premier tour. D’autant que le Front national entend bien cette année jouer les trouble-fêtes. «Notre ambition, c’est la mairie», explique son candidat, Yves Dupille, déjà «persuadé d’aller au deuxième tour».

Les candidats de tous bords assurent que l’écume des affaires nationales n’atteint pas les électeurs amiénois. Et s’attèlent à ne parler que de sujets locaux, en premier lieu le projet de tramway sur lequel la campagne s’arc-boute et se crispe. «Qui contesterait aujourd’hui le tram à Bordeaux ou Strasbourg?», demande Thierry Bonté pour qui le projet va créer plusieurs centaines d’emplois. Brigitte Fouré déplore, elle, un tracé «ignorant le centre-ville» et «un plan de financement qui est tout sauf bouclé».

«On se sent délaissés»

La question des transports est centrale dans cette ville où certains quartiers pâtissent de l’isolement. Il y a Amiens-Nord, théâtre de violentes émeutes à l’été 2012. Ou Etouvie, à l’ouest. «Je regarde tout de suite ce que les candidats proposent à ce sujet», raconte Sandrine*, jeune mère de famille qui a «grandi dans le quartier» et «attend d’avoir tous les programmes» pour décider quel bulletin elle glissera dans l’urne.

«On se sent délaissés», continue-t-elle, «on nous a fermé le supermarché il y a deux ans, il n’y a rien pour les enfants. Si on n’a pas de voiture, on est coincés à rien faire ici». Jules*, qui pense redonner sa confiance aux socialistes pour les six prochaines années, trouve lui qu’il y a eu «un effort de fait à ce sujet» avec «une ligne de bus plus directe» et un aménagement de la chaussée.

Kevin, la vingtaine, réclame de son côté du «boulot pour tout le monde». A Amiens, où le taux de chômage tourne autour de 12,5% et où  le long conflit de Goodyear  est qualifié de  «traumatisme» par chaque candidat - l’emploi est un thème sensible. «Ce qui s’est passé est dégueulasse», continue le jeune homme, «des amis de mon père bossaient là-bas depuis des années. Qu’est ce qu’ils peuvent faire maintenant?».

Cependant, «les Amiénois savent que ce n'est pas la Mairie qui va régler la question de l'emploi», souligne Brigitte Fouré qui veut plutôt développer «l'attractivité économique de la ville». Un principe avec lequel le socialiste, qui veut faire de sa commune «la grande ville de la transition écologique, ne pourra qu'être d'accord.