Municipales 2014: Comment faire cohabiter les riverains et les fêtards au centre-ville de Bordeaux?

PROGRAMME Les candidats avancent leurs propositions pour une vie nocturne bordelaise plus apaisée…

Elsa Provenzano

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Un bar du centre-ville de Bordeaux.
Un bar du centre-ville de Bordeaux. —

La ville est de plus en plus attractive pour les jeunes. En dix ans, Bordeaux a enregistré 30 % d’effectifs étudiants supplémentaires. Aujourd’hui, un Bordelais sur trois est âgé de 15 à 29 ans. Ces jeunes aiment sortir et plusieurs quartiers de l’hypercentre sont confrontés, peut être un peu plus qu’avant, à des nuisances sonores. Les différents candidats aux Municipales n’abordent pas tous le problème de la même façon.Les discothèques avaient été installées sur les quais de Paludate, relativement excentrés, pour préserver les riverains du centre-ville. Mais le programme Euratlantique prévu autour de la gare Saint-Jean y prévoit bureaux, logements, commerces et va contraindre certains établissements à déménager.

Encadrer la vie nocturne, un enjeu de taille à Bordeaux - Le 10/03/2014 à 9:23

«Dans le secteur Saint-Pierre-Saint-Michel se pose la difficile cohabitation entre les familles qui s’y sont installées, et les bars de nuit. Je ne voudrais pas que ceux qui ont décidé de revenir habiter le centre, soient obligés de le quitter parce que le quartier est invivable. Il faut des quartiers de nuit dans une ville, mais à pas à n’importe quelles conditions», estime le maire sortant, Alain Juppé

Insonoriser les bars

Le candidat socialiste Vincent Feltesse pense qu’il faut accompagner les bars dans des démarches d’insonorisation, comme cela a été fait à Nantes, par exemple, une ville très étudiante. Une piste également envisagée par le candidat du Front de gauche, Vincent Maurin. «A Saint-Pierre, l’Office de la tranquillité publique que je propose (et qui a déjà été mis en place à Toulouse) permet via un numéro unique accessible 24 h/24 de traiter des problèmes comme le tapage nocturne», souligne le candidat socialiste qui estime également que les effectifs de la police municipale dans les rues pourraient être renforcés, plusieurs fois par semaine, si celle-ci le juge nécessaire.

Davantage de policiers la nuit ou des médiateurs

Le candidat du Front National Jacques Colombier va beaucoup plus loin, en demandant «l’ouverture d’un poste municipal de nuit avec une brigade d’intervention de huit à dix hommes, quand les gérants d’établissements ne peuvent plus contrôler la situation». Le candidat du Front de gauche croit davantage aux vertus du dialogue et propose de recruter des médiateurs. «Il ne faut pas opposer ceux qui dorment et ceux qui font la fête mais engager une concertation permanente, afin de donner une place à tous», remarque-t-il. Il pense aussi qu’il faut réfléchir à de nouveaux lieux pour la seconde partie de soirée.

L'avis des fêtards sur la vie nocturne

«Ayant vécu à Lille, Paris et Bordeaux, je peux dire que cette dernière se débrouille très bien en ce qui concerne la vie nocturne. Des Capucins jusqu’aux Chartrons via St-Michel et St-Pierre, il y a plein d’adresses cool…. jusqu’à 2 h. Après c’est là que ça se gâte. Pourquoi vouloir à tout prix éloigner les fêtards du centre-ville, et ce avec les conséquences que l’on connaît (accidents, insécurité…) ?», s’interroge Vincent, 27 ans.

Bordelais depuis dix ans, Erwann, 24 ans, sort aussi beaucoup, dans les bars et aux Bassins à flot. «J’ai voyagé dans pas mal de villes européennes et je trouve que c’est dommage que les bars ferment à 2 h, à Bruxelles par exemple c’est 4 h. Et à Berlin il y a des boîtes sécurisées au bord de l’eau, qui ressemblent à des mini-festivals et qui ouvrent le week-end», raconte le jeune homme, qui trouve que le projet serait parfait quai de Queyries, sur une rive droite où la vie festive n’a pas beaucoup de place. Il note un certain appauvrissement de l’offre et une méfiance croissante vis-à-vis des jeunes qui sortent et font la fête. «Il manque des lieux alternatifs, comme le Chat qui pêche», ajoute-t-il. Pour lui, le futur quartier de la fête est du côté des Bassins à flot.

Quel avenir pour les discothèques de Paludate? 

Les discothèques avaient été installées sur les quais de Paludate, relativement excentrés, pour préserver les riverains du centre-ville. Mais le programme Euratlantique prévu autour de la gare Saint-Jean y prévoit bureaux, logements, commerces et va contraindre certains établissements à déménager. «On ne sait pas trop sur quel pied danser. On nous en parle depuis deux à trois ans mais rien n’est établi», regrette David Daatividade, patron du Bistrot, une discothèque implantée sur les quais de Paludate. Sans autre information, ce gérant continue à mener sa société« comme s’il était là pour quinze ans». 

Patrick Lalanne, gérant de La Plage, une des plus grosses structures du site, déplore aussi le manque d’information mais se veut réaliste «à la longue, on n’aura pas notre place». Il estime que le site de Bordeaux-Lac, à proximité du Grand Stade, serait propice à l’installation d’un complexe de nuit.
«On pourrait mieux y gérer les entrées, prévoir un parking. Je pense qu’il faut étudier cette solution et faire les choses sérieusement», souligne Patrick Lalanne.