La nuit parisienne a trouvé son roi

PORTRAIT Clément Léon R. a été élu maire de la nuit à Paris en novembre dernier, l’occasion pour lui de souffler quelques idées aux candidats aux municipales…

Oihana Gabriel

— 

Clément Léon R., le maire de la nuit de Paris souffle quelques idées aux candidats à la municipale.
Clément Léon R., le maire de la nuit de Paris souffle quelques idées aux candidats à la municipale. — O. Gabriel

«A la ramasse». Le constat est sans merci. Clément Léon R., 31 ans et beaucoup d’idées pour réveiller la capitale assoupie, a été élu maire de la nuit de Paris en novembre. Depuis, l’auteur et pigiste passe soixante heures par semaine à rencontrer tenants de bars, fêtards, travailleurs de nuit et associations pour tenter de sauver et enrichir l’animation après minuit. Et devenir le porte-parole bénévole et engagé des couche-tard. Pour lui, «Paris devrait avoir la même réputation que Londres, or on la compare à une ville de province».

Le globe-trotter qui a arpenté les soirées en Belgique, en Afrique, en Inde, pensait tirer un trait sur Paris. «Mais avec cette élection du maire de la nuit, j’avais l’occasion de faire changer les choses, explique le trentenaire. Alors j’ai donné une dernière chance à cette ville. En général, un jeune vous dira qu’il va faire la fête à Berlin, Barcelone ou Budapest. A Paris, il dîne en amoureux…»

Une fête par an… insuffisant

Et Clément Léon R. n’est pas tendre avec Bertrand Delanoë et ses adjoints. «Une capitale doit vivre 24h sur 24. La vie nocturne, ce n’est pas une Nuit blanche par an, une façon d’imposer «ce soir vous faites la fête». Mais plutôt une ébullition toute l’année. Personnellement, je ne sors jamais pour la Nuit blanche ou la Fête de la musique…»

Mais la période électorale est propice pour tenter de faire passer quelques idées aux candidats. Pour lui, la campagne électorale n’a fait que renforcer la lutte contre les bars et le bruit. «Ils écoutent le lobbying des riverains qui rêvent d’un Paris campagne. Ça me fait penser à l’histoire du Parisien qui va à la campagne et porte plainte contre le coq et les cloches qui le réveillent. Une capitale ne doit pas être une cité-dortoir. Ce que la mairie actuelle n’a pas compris, c’est que la nuit représente 600.000 emplois… et que les fêtards aussi votent.»

Un questionnaire pour chaque candidat

S’il valide certaines pistes des candidats, les métros fantômes transformés de NKM ou les horaires nocturnes des métros le week-end d’Hidalgo, il espère voir des engagements fermes naître en envoyant quinze questions précises sur la vie nocturne à Paris. Mais il l’assure, il ne donnera aucune consigne de vote.

Et le tout jeune maire de la nuit suggère aussi des pistes: élargir les horaires des bars jusqu’à 5h du matin, demander à la garde républicaine à cheval de calmer les fêtards trop bruyants, subventionner l’isolation phonique de certains établissements… Et il le promet, ce train de mesures n’a rien d’utopiste ou d’onéreux. «Les Pierrots de la nuit coûtent 150.000 euros par an et ça ne sert à rien. On pourrait à la place créer des fumoirs dans les bars.»

Celui qui sort tous les soirs l’assure: il existe encore à Paris nombre de lieux où faire la fête. Mais ils ne sont pas mis en valeur par la Mairie. Et propose donc au prochain maire un geste de bienvenue aux fêtards à la sauce parisienne: proposer à des personnes en réinsertion de servir de taxis le week-end. «Ces conducteurs pourraient utiliser une autolib’ pour faire taxi, sachant qu’il en manque 17.000 le week-end à Paris.» Encore une idée qui risque de faire bondir les chauffeurs de taxi remontés contre les VTC.