Mal-logement: «Je ne demande quand même pas une villa»

Mathieu Gruel

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L'un des trous dans le sol du logement de 30m2, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 5 février 2014
L'un des trous dans le sol du logement de 30m2, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 5 février 2014 — V WARTNER/20MINUTES

«Je veux sortir mes enfants de ce taudis.» Meryem n'en peut plus. En emménageant avec son mari dans leur petit appartement d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), en 2009, «tout était pourtant nickel».

Arrivés de la Courneuve (Seine-Saint-Denis), qu'ils venaient de quitter «parce qu'on n’y était pas en sécurité», le jeune couple va pourtant déchanter. Très vite, des moisissures apparaissent sur les murs de leur 30m2.

Quant au plancher, il pourrit à cause des infiltrations d'eau... A tel point que des trous se forment à plusieurs endroits dans le sol. Alors que la famille s'agrandit, l'appartement, en plus de devenir exigüe, se révèle dangereux. La mère confie même avoir «peur pour ses deux enfants».

Avril 2013

Et notamment pour la santé de leur petite fille, qui souffre de rhino-pharyngites à répétition. L'humidité du logement n'y serait pas étranger, comme le précise les nombreuses ordonnances médicales que la maman conserve précieusement.

Après avoir tenté, en vain, d'obtenir que le propriétaire fasse des travaux, la famille entreprend des démarches administratives. En 2012, elle est ainsi reconnue éligible à la loi Dalo. Mais depuis, plus rien.

«La préfecture devait nous reloger avant avril 2013», se désole Meryem, qui explique avoir également rencontré le premier adjoint à la ville, pour essayer de faire avancer son dossier.

Des centaines de dossiers similaires

Contacté par 20 Minutes, ce dernier a confirmé que de telles «situations tragiques» étaient «malheureusement nombreuses». Selon Philippe Bouyssou, «1.500 à 2.000 logements indignes», comme celui-ci, seraient ainsi proposés à la location par des marchands de sommeil sur la commune.

Quant à la préfecture, chargée de reloger les familles éligibles au droit au logement opposable, elle doit faire face à quelque 290 dossiers similaires en souffrance. «Pourtant ça devient urgent», glisse la mère de famille.

«Et puis, je ne demande quand même pas une villa», sourit-elle. Eprouvée par les démarches administratives, elle confie également avoir la sensation de parfois «s’empêcher de vivre», en s’interdisant notamment de recevoir des amis. Malgré tout, elle est déterminée à «rester forte, pour mes enfants».