Municipales 2014: Les accès à l’eau et à l’hygiène encore trop inégaux en France

William Molinié

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Évacuation du campement de roms de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) le 27 novembre 2013.
Évacuation du campement de roms de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) le 27 novembre 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

La santé est un enjeu local. Et les maires (ou futurs maires) peuvent agir. C’est le message que veut faire passer Médecins du Monde (MDM), après avoir mené une enquête auprès de 14 villes (dont 11 métropolitaines) en décembre 2013. Le document, révélé en exclusivité par 20 Minutes, recense les obstacles rencontrés dans le champ du sanitaire et du social.

«Les élus locaux peuvent créer les conditions d’accès aux soins», explique le Docteur Jean-François Corty, directeur des missions France de MDM. Parmi les difficultés rencontrées par les équipes locales de l’ONG, figurent l’accès à l’eau potable. Si toutes les villes métropolitaines participant à l’enquête disposent de points d’accès gratuits à l’eau, de fortes disparités existent. Ainsi, «dans la plupart des villes, les fontaines sont situées dans des parcs qui ferment la nuit», écrivent les auteurs du rapport.

Pas de bain-douche municipal à Marseille

A Marseille, par exemple, la majorité des fontaines publiques sont cassées. A Calais, un seul point d’eau, sans évacuation, est mis à disposition des migrants et n’est ouvert qu’à certains moments précis de la journée. «Seule la ville de Strasbourg met en place des points d’eau à la demande des associations lors de l’installation spontanée de bidonvilles.»

Autre point d’étude, l’accès à l’hygiène. Des bains-douches gratuits existent partout mais leur nombre est insuffisant, voire dérisoire si l’on considère les établissements uniquement municipaux: 0 à Marseille, 1 à Nantes, Nice, Grenoble, Rouen, 2 à Calais, Toulouse, Lyon et Strasbourg. Avec ses 18 bains-douches gérés par la Ville, Paris figure comme bon élève.

18% des villes prennent des arrêtés anti-mendicité

«On évalue qu’un bain-douche municipal existe pour 15.000 pauvres. L’absence d’accès à cette eau pose des problèmes cutanés, des diarrhées, des risques de déshydratation…» poursuit le Dr Corty. L’élimination des déchets dans les bidonvilles et les squats pose problème. Dans 60% des missions locales de MDM, rien n’est prévu.

Enfin, l’enquête pointe le nombre d’arrêtés anti-mendicité pris par 18% des municipalités interrogées. Des dispositions qui «mettent encore plus à l’écart les indésirables». Selon Médecin du Monde, les villes devraient renforcer les accès aux soins et les accès au droit, notamment en créant davantage de centre communaux d’action sociale (CCAS) et en offrant un meilleur accueil et suivi des exclus.