Municipales 2014: Anne Hidalgo, une légitimité qui se construit

Jérôme Comin

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La candidate PS à la Mairie de Paris, Anne Hidalgo, le 13 janvier 2014 à Paris.
La candidate PS à la Mairie de Paris, Anne Hidalgo, le 13 janvier 2014 à Paris. — LCHAM/SIPA

«J’ai des fondations solides.» Anne Hidalgo, candidate PS à la Mairie de Paris, est une bâtisseuse. Du genre à construire son chemin vers l’Hôtel de ville brique après brique, sans brûler les étapes. «Il y a un besoin chez moi d’un processus d’apprentissage, glisse-t-elle. Rien n’est inné, il a fallu bosser.» Car pour parcourir le chemin entre son Andalousie natale, en 1959, et l’annonce de sa candidature au pied de la BNF le 4 septembre 2012, Anne Hidalgo a plutôt pris un train omnibus qu’un vol direct sans escale.

Gravir les marches

Née de parents immigrés qui se sont installés à Lyon avec leurs deux filles en 1961, celle qui affirme avoir «toujours rêvé de Paris» accomplit son souhait en 1984, lorsqu’elle est mutée à Chevilly-Larue (Val-de-Marne), alors qu’elle est inspectrice du travail. A peine arrivée, elle s’installe dans un petit appartement du 15e arrondissement, où elle se présentera -et sera battue- aux municipales de 2001 et de 2008. Mais là encore, avant de se lancer dans l’arène politique, elle prend soin de gravir les marches les unes après les autres.

D’abord en intégrant la délégation à la formation professionnelle au ministère du Travail en 1993, avant de prendre sa carte du PS en 1994 et rentrer en 1997 dans le cabinet de Martine Aubry, alors ministre de l’Emploi et de la Solidarité au sein du gouvernement Jospin. «Là, je suis dans la machine qui gouverne, explique Hidalgo, qui se mariera d’ailleurs avec Jean-Marc Germain, ex-directeur de cabinet d’Aubry en juin 2004. Je commence à comprendre comment ça marche.»

Delanoë en mentor

C’est là qu’elle rencontre en 1999 celui avec qui elle vivra «une très belle aventure», Bertrand Delanoë. «Même si certains au sein du PS à l’époque estiment qu’il n’a pas assez de charisme pour gagner la Mairie de Paris, ou le taxe de “petite chose”, il me plaît, confie Hidalgo. Son rapport au pouvoir, aux gens, sa rigueur morale m’intéressent. C’est lui qui me pousse à me présenter dans le 15e.» En bon architecte politique, Delanoë lui donne un plan pour faire campagne: arpenter le terrain, dialoguer et rassembler.

Une méthode qu’Hidalgo applique encore aujourd’hui, comme lorsqu’elle a constitué ses têtes de listes en octobre dernier. «On ne dure pas si on n’est pas capable de fédérer autour de soi. Je ne crois pas aux aventures individuelles du genre moi contre les autres, donc je préfère négocier et discuter», assure la candidate PS.

«Elle peut se montrer cassante»

Un trait de caractère qui se retrouve dans le timbre de sa voix, lorsqu’elle s’exprime en public, où le calme se mêle parfois à la monotonie. «C’est une façade, grince un élu de la gauche parisienne. Quand elle veut quelque chose, elle est capable d’entrer dans des colères noires.» «Anne Hidalgo a un souci, elle ne supporte pas qu’on la contredise, ajoute Vincent Roger, porte-parole de NKM et élu UMP du 4e. Dans ces cas-là, elle peut rapidement perdre son calme et se montrer cassante.» «C’est surtout le mensonge et la mauvaise foi qui me mettent hors de moi, se défend-elle. Quand on en est là, on n’est plus dans le rationnel et il n’y a plus de place au dialogue. Et puis si je n’avais pas de tempérament, je n’en serais pas là où j’en suis aujourd’hui.»

Traduire: en tête des sondages au second tour face à sa rivale de droite, Nathalie Kosciusko-Morizet. Même si cette dernière tend à réduire l’écart et que le spectre de l’abstention pourrait faire vaciller l’édifice qu’elle a patiemment bâti ces dernières années. «Je pense qu’on a un socle assez solide de Parisiens satisfaits de notre bilan à Paris depuis treize ans, assure Hidalgo. Mais il faut continuer les opérations sur le terrain pour mobiliser les Parisiens dès le premier tour car cette élection reste à construire.»