Municipales 2014 : Mungo Shematsi, réfugié politique d'origine congolaise et tête de liste FN aux municipales

PORTRAIT Cet ancien militant de gauche est candidat dans l'Isère...

A Grenoble, Manuel Pavard

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Mungo Shematsi, candidat FN aux municipales dans l'Isère.
Mungo Shematsi, candidat FN aux municipales dans l'Isère. — Manuel Pavard

Réfugié politique d’origine congolaise, ancien électeur communiste et adhérent socialiste puis candidat FN à Saint-Martin-d’Hères (Isère) : le profil de Mungo Shematsi étonne et détonne. Son parcours singulier prend sa source en République démocratique du Congo (ex-Zaïre), où il naît en 1957, dans une famille de la classe moyenne. Après son école de commerce, Mungo Shematsi, alors jeune cadre à la Société nationale d’électricité, milite à l’UDPS, premier parti d’opposition au président Mobutu. Recherché, il se réfugie à l’ambassade de France en 1982 et obtient l’asile politique. Arrivé en France, il s’inscrit en fac à Strasbourg, où il obtient un DESS d’économie et gestion financière, puis commence à travailler comme professeur d’économie dans différentes villes françaises, de Strasbourg à Grenoble en passant par Annecy.

« Séduit par le discours de Marine Le Pen »

C’est d’ailleurs en Haute-Savoie que Mungo Shematsi, devenu Français entre-temps, s’engage dans la vie politique hexagonale. « Je votais PC ou PS, explique-t-il, et au moment des émeutes des banlieues, en 2005, je suis allé voir au PS. J’ai commencé à militer et j’ai même fait la campagne de Ségolène Royal. » Tout bascule lors d’une réunion : « Je critiquais la politique du PS sur la dette et les fonctionnaires et une enseignante m’a alors tenu un propos raciste en disant ‘’Vous les noirs’’. Je n’ai pas supporté et j’ai rendu ma carte dans la foulée. »

A son arrivée à Grenoble, en 2010, Mungo Shematsi pousse la porte d’une réunion FN, « par curiosité. J’avais été séduit par le discours de Marine Le Pen sur l’ouverture du FN et sa condamnation du racisme et de l’antisémitisme. Je n’aurais sans doute pas pu adhérer à l’époque de Jean-Marie Le Pen. » Lors de ce premier contact, « les gens ont été étonnés de voir une personne noire, raconte-t-il. Ils étaient méfiants au départ mais finalement, j’ai rencontré des gens ouverts et très sympathiques. Il y avait un écart entre ce que je voyais et l’image renvoyée par le FN. Je suis donc resté en contact avec Mireille d’Ornano (actuelle secrétaire départementale du parti), avec qui j’avais beaucoup discuté, et j’ai décidé de prendre ma carte. »

« Le FN n’est pas raciste »

Mungo Shematsi l’assure, depuis son arrivée au FN, il n’a « jamais été confronté à un discours raciste ». Il adhère aussi « sur l’essentiel » au programme du parti frontiste, notamment sur l’Europe, même si le professeur d’économie en BTS avoue une petite différence sur l’euro : « Je suis d’accord pour dire qu’il faut sortir de l’euro mais je pense qu’il faut d’abord faire une étude. En revanche, si tous les pays sortent ensemble de l’euro, là je dis oui. » Mais comment le réfugié d’origine congolaise peut-il faire le grand écart entre son parcours personnel et les positions du FN sur l’immigration et la préférence nationale ? Il se justifie : « Si on m’avait dit de retourner en RDC à la fin de la dictature, je l’aurais fait. Il faut respecter les lois. Quand vous demandez l’asile, soit on vous l’accorde soit on vous le refuse. Si l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) dit qu’il n’y a pas de danger, vous devez rentrer chez vous. Je conseille aux clandestins de retourner dans leur pays, en ayant suivi des formations en France. C’est pour ça qu’il faut améliorer les conditions de retour. »

Résident à la Villeneuve puis à Saint-Martin-d’Hères, Mungo Shematsi y a affronté une certaine hostilité : « Les musulmans ne sont pas contents de ma candidature car ils sont restés dans les clichés sur le FN. Ils me l’ont fait savoir. » Pour lui, être « issu de la diversité » n’est pourtant « pas un handicap. Les Français peuvent se reconnaître plus facilement dans ma candidature et se déculpabiliser en voyant que le FN n’est pas un parti raciste. » L’annonce du retrait du maire PCF de Saint-Martin-d’Hères René Proby lui donne des ailes. Reste cependant à trouver les colistiers qui lui font encore défaut. « Si je les ai, j’ai beaucoup de chances de gagner », affirme-t-il.