Municipales 2014: Nathalie Kosciusko-Morizet ou l’ADN du pouvoir

Alexandre Sulzer

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Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), candidate UMP à la Mairie de Paris, le 8 octobre 2013.
Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), candidate UMP à la Mairie de Paris, le 8 octobre 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

«Génétique évolutive.» C’est le domaine dans lequel Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) aurait aimé faire de la recherche fondamentale. «J’ai hésité mais je suis plus ingénieure que chercheuse, glisse la polytechnicienne. Pour faire de la recherche, il faut une égalité d’humeur, de la patience.» Et ça, ce n’est pas la marque de fabrique maison.

A 40 ans, NKM vise la Mairie de Paris après avoir déjà été à 29 ans la benjamine de l’Assemblée nationale, puis secrétaire d’Etat chargé de l’Ecologie, secrétaire d’Etat à l’Economie numérique puis numéro 2 du gouvernement Fillon en tant que ministre de l’Ecologie. Tout en étant maire de Longjumeau. Une carrière politique haut débit qui laisse penser à certains que l’Hôtel de Ville n’est pour cette chiraquienne d’origine et sarkozyste d’adoption qu’un tremplin pour l’Elysée.

«Occuper l’espace médiatique»

«Avec 43% dans les sondages en début de campagne, ça serait un mauvais calcul, se défend celle qui assure prendre des risques. Pour le confort, ce n’est pas la voie à choisir.» «Elle n'en a rien à foutre de la Mairie de Paris. Elle sait qu’elle va perdre. Ce qu’elle veut, c’est occuper l’espace médiatique. Et ça marche très bien, vous êtes le 20e à m’appeler», s’énerve  le socialiste Olivier Thomas qui a trébuché trois fois contre elle aux législatives dans l’Essonne.

Stratégie ou «choix de passion» comme elle le revendique? Benoist Apparu, qui a eu NKM comme ministre de tutelle, ne répond pas. «Si c’est une stratégie, elle est mille fois plus intelligente que celle des autres qui ont tous le nez rivé sur 2017 avec un message aux Français: “On n'en a rien à foutre de votre gueule”. NKM s’est trouvé un combat intermédiaire de haut niveau.»

«La première fois que j’ai  pensé à la Mairie de Paris, c’était en 2001 ou 2002»

Le siège de maire de Paris, elle le lorgne pourtant depuis  longtemps. «La première fois que j’ai  pensé à la Mairie de Paris, c’était en 2001 ou 2002, au moment d’entrer dans la vie politique», a-t-elle confié à la journaliste Soazig Quéméner, auteure de NKM, la présidente (éd. JC Lattès). Désormais en campagne, elle reconnaît que «Paris, c’est l’Everest par la face Nord».

Boulettes, dissidences, sondages compliqués, NKM n’arrive pas en territoire facile. «Elle entretient une légèreté soi-disant bobo, fume des clopes dans la rue. Elle surjoue pour faire cool mais ça fait toc», lance l’une de ses anciennes collègues du gouvernement. «Au début, on pensait que même si elle perdait l’élection, elle y gagnait politiquement. Mais on ne le pense plus désormais», confie un proche de Jean-François Copé, le président de l’UMP.

Contre Hidalgo «l’héritière»

Sans sembler s’émouvoir, NKM reconnaît qu’il y a une «forme de brutalité» dans la politique qu’elle explique froidement: «C’est un milieu très concurrentiel.» C’est pour se démarquer de sa principale concurrente que NKM a organisé des primaires et collé à la glu à Anne Hidalgo l’adjectif d’«héritière». Façon de faire oublier qu’elle-même est fille, petite-fille et arrière-petite-fille de maires franciliens. «Mon grand-père est mort lorsque j’avais 20 ans, mon arrière-grand-père en 1942», rétorque-t-elle, agacée. Et, comme pour bien marquer son côté outsider, de rappeler que son grand-père, un «gaulliste de gauche» chez qui elle a vécu étudiante, «n’avait pas une bonne image du monde politique».

Porter sa parole

Elle-même incarne l’aile «gauche», ou modérée, de l’UMP. Plus jeune, plus progressiste que les autres ténors. Ce qui ne l’a pas empêchée d’être porte-parole de la campagne droitière de Nicolas Sarkozy en 2012. NKM sait se rendre utile. «Quand vous êtes porte-parole, vous portez la parole. Ça heurte mon tempérament, c’est une ascèse particulière», reconnaît-elle.

Aujourd’hui, c’est bien la sienne que NKM entend promouvoir. Avec son club «La France droite», son armée de communiquants, sa stratégie de non-alignée au sein de l’UMP. Et quitte à esquiver les questions sur le front républicain face au FN qu’elle défend mais qui n’est plus en odeur de sainteté chez les sympathisants. Ou de muscler son discours sur les Roms. A la fois techno, écolo, bobo et  libérale, NKM l’ingénieure a ajouté ce qu’il faut de raidissement sécuritaire dans sa pipette. La politique aussi peut être évolutive.