Municipales 2014: L’accord UMP-UDI-MoDem a du mal à être digéré

POLITIQUE Dissidences, menaces de dissidences, guerre au sein de l'UDI, interprétations divergentes de la répartition des élus: l'accord semble avoir été signé dans la précipitation…

Alexandre Sulzer

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Nathalie Kosciusko-Morizet (au centre, UMP), Marielle de Sarnez (à gauche, Modem) et Christian Saint-Etienne (à droite, UDI) s'offrent une bouffe dans un restaurant du 14e arrondissement de Paris jeudi 5 décembre après l'annonce d'un accord entre leurs formations pour les municipales.
Nathalie Kosciusko-Morizet (au centre, UMP), Marielle de Sarnez (à gauche, Modem) et Christian Saint-Etienne (à droite, UDI) s'offrent une bouffe dans un restaurant du 14e arrondissement de Paris jeudi 5 décembre après l'annonce d'un accord entre leurs formations pour les municipales. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Jeudi soir, ils étaient tout sourire à annoncer un accord «historique» entre l’UMP, l’UDI et le Modem à Paris. Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), Christian Saint-Etienne et Marielle de Sarnez heureux de pouvoir présenter à la presse «des listes de rassemblement dans l’ensemble des arrondissements dès le premier tour des élections municipales». Mais de listes, pour l’heure, il n’y en a pas de présentées. C’est que l’accord définitif semble bien difficile à réaliser, chacun y allant de sa propre interprétation. Dès jeudi, Christian Saint-Etienne parlait de «19 conseillers de Paris dont douze UDI et sept Modem», quand NKM évoquait le chiffre de 16.

«C’est 16-17 ou 18-19, on affine les discussions là-dessus, nous sommes toujours à deux conseillers de Paris près», reconnaît lundi Jérôme Peyrat, le conseiller de NKM en charge des négociations. «C’est 19 ou sinon, il n’y aura pas d’accord», gronde Christian Saint-Etienne, assurant que le deal prévoit «deux tiers d’UDI et un tiers de Modem» parmi les centristes. Faux, jure-t-on au MoDem où l’on parle d’un accord «paritaire» à 50-50% entre UDistes et bayrouistes. «Saint-Etienne dit cela pour ne pas perdre la face devant ses troupes à qui il avait promis davantage», assure-t-on au MoDem.

La colère d’Hervé Morin

Et c’est vrai qu’à l’UDI, ça tangue depuis l’annonce de l’accord. «Ca s’est fait dans la précipitation parce que NKM voulait clôturer l’épisode centriste et passer à l’épisode Péchenard [du nom de l’ancien directeur général de la police nationale qui doit effectuer une visite de terrain dans le 17e mardi avec NKM]», regrette Valérie Sachs, pourtant… porte-parole de l’UDI. Elle-même annonce à 20 Minutes dans la foulée une liste dissidente dans le 16e arrondissement.

«L’accord signé ne va pas du tout, s’emporte Hervé Morin. Il a été signé au détriment d’hommes et de femmes qui mènent le combat dans les arrondissements depuis longtemps.» Le président du conseil national de l’UDI glisse à 20 Minutes avoir «demandé pendant le week-end à Jean-Louis Borloo de revoir sa copie». «J’attends sa réponse. Si elle n’est pas positive, j’en tirerai les conséquences le temps voulu.» Ambiance. Si Hervé Morin est si furieux, c’est qu’aucun candidat Nouveau Centre, sa formation, n’est en position éligible dans l’accord.

«C’est l’UMP qui a choisi nos arrondissements et nos candidats, jusqu’à Saint-Etienne, obligé de se présenter dans le 11e», déplore l’UDI Raoul Delamare qui revendiquait la tête de liste dans le 20e arrondissement. Mais ne l’a pas obtenu, au profit d’Atanase Périfan, actuel adjoint au maire du 17e arrondissement. «On l’a mis là pour des raisons de jeu de chaises musicales et de confort, dénonce Hervé Morin. Entre l’avenue Niel et Belleville, ce ne sont pas les mêmes problématiques… Et il y a dix arrondissements comme cela!» Raoul Delamare assure qu’il présentera sa liste quoi qu’il arrive. «J’espère encore avoir l’investiture de l’UDI» de façon dérogatoire à l’accord, précise-t-il.

Le 12e, arrondissement-clé, dans la tourmente

Dans le 12e, arrondissement-clé de la reconquête, le Nouveau Centre Benoît Pernin attendait la place de numéro deux sur la liste de l’UMP Valérie Montandon. Mais l’accord envisagerait de le mettre en quatrième place après une figure de la société civile. Une position qui est loin de lui assurer l’élection. «Je ne peux pas imaginer de ne pas avoir la deuxième place après tant d’années à militer dans l’arrondissement», assure celui qui trouve «bizarre» qu’aucun leader ne lui ait clairement annoncé quel était le contenu du deal avec l’UMP. Et de mettre en garde: «j’ai la capacité à faire une liste. Et le faire aurait du sens dans un arrondissement où les gens m’appellent par mon prénom».

Même au sein de l’UMP, certaines têtes de liste rechignent à valider l’accord. «Ce sont les têtes de listes qui portent la responsabilité politique, juridique et financière de la liste. Elles ont donc leur mot à dire dans la composition», grommelle l’une d’entre elles. Selon nos informations, ça bloquerait notamment pour la troisième place de l’UDI Mustapha Saadi dans le 18e arrondissement et celle, en position éligible, du MoDem Yann Wehrling dans le 15e, contestée par l’UDI. «L’UDI a signé un accord. S’ils reviennent dessus, ils perdent toute crédibilité, s’énerve-t-on au MoDem. Il n’y aura ni changement ni tractation supplémentaire.»