Vincent Feltesse: «La hausse du prix des transports n'est pas inéluctable»

INTERVIEW Président de la Communauté urbaine de Bordeaux, et candidat socialiste à la mairie de Bordeaux, Vincent Feltesse dévoile pour 20Minutes ses attentes dans le domaine du transport pour ces prochaines années...

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Vincent Feltesse, le 5 décembre 2013 à Bordeaux
Vincent Feltesse, le 5 décembre 2013 à Bordeaux — S.ORTOLA/20MINUTES

Le système d’autopartage BlueCub sera mis en place ces prochains jours sur l’agglomération bordelaise. On peut considérer que c’est la principale innovation apportée au réseau de transports ces dernières années?

Depuis les V’Cub, c’est en effet  le dernier service de la mobilité proposé aux habitants de la communauté urbaine de Bordeaux. C’est une très bonne chose qu’on soit la troisième ville en France à bénéficier de ce service du groupe Bolloré (après Paris et Lyon, NDLR), car cela montre que la métropole bordelaise est considérée comme une vitrine.

Qu’en attendez-vous?

Deux choses. D’abord, c’est un maillon supplémentaire pour la mobilité des habitants de la CUB, et c’est très important car nous sommes dans la logique de simplifier la vie des habitants. Deuxième chose, même si la mobilité s’est améliorée ces dernières années, le bilan doit être nuancé entre le centre-ville de Bordeaux et la périphérie, où les résultats sont un peu moins bons. Et dans le centre-ville de Bordeaux, nous avons toujours le problème, récurrent, du stationnement. On a tous en tête le chiffre magique de l’autopartage, dont un véhicule remplacerait entre sept et huit places de stationnement.

Pour cela, il faut que l’offre d’autopartage, et pas seulement celle du groupe Bolloré, soit articulée avec l’offre de transports en commun…

Dans l’appel d’offres en cours pour la nouvelle délégation de service public, qui entrera en vigueur à partir du 1er mai 2014, et qui portera sur cinq ou huit ans, nous ne le savons pas encore, nous avons clairement demandé que l’opérateur gère un réseau de bus, de tramway, de vélos en libre service, et de navettes fluviales. Mais nous demandons également un certain nombre de services en option, que ce soit le covoiturage, l’autopartage, ou des choses auxquelles nous n’avons pas pensé. Donc il se peut qu’un des deux compétiteurs, puisqu’aujourd’hui les groupes Veolia-Transdev et Keolis sont sur les rangs, formule une proposition de réseau de transport en commun, articulé avec un réseau d’autopartage.

Le groupe Keolis avait remporté le dernier appel d’offres, rompant avec l’opérateur « historique » Veolia. Quel bilan tirez-vous de l’action de ce nouvel opérateur?

Le bilan est globalement positif.  Il faut se rappeler du choc que cela a été quand on a quitté l’opérateur historique (Veolia, NDLR), qui était là depuis un siècle, et quand on a pris Keolis, qui avait une approche de la mobilité très différente de ce qu’on avait fait ces dernières années. Je ne parle pas du tramway, mais du bus, où Keolis a complètement reconfiguré les lignes de bus, pour faire des kilomètres supplémentaires en périphérie, avec des résultats que l’on connaît en terme d’augmentation de la fréquentation, qui est très importante puisqu’on va dépasser à la fin de l’année les 120 millions de voyageurs pour l’année 2013. Nous avons multiplié par deux les couloirs de bus en quelques années, pour passer de 20 à 40 kms de couloirs dédiés. Nous sommes largement au-dessus de la moyenne nationale, et nous sommes un des réseaux de bus les plus dynamiques en terme de progression en France. Et dès le début de l’année 2014, nous allons offrir un nouveau service, à savoir un système d’information à bord dans les bus, ce qui permettra de savoir exactement où est le bus et quand est-ce qu’il arrive.

Mais le gros enjeu pour 2014, c’est celui des tarifs. Tout le monde dit que la hausse du prix des transports pour l’usager est inéluctable…

J’ai entendu tout cela. Il y a eu plusieurs déclarations ces dernières semaines, notamment d’Alain Juppé, disant qu’il est inéluctable d’augmenter les tarifs. D’abord, cette décision ne se fait pas maintenant, en décembre, mais se fera après avoir reçu les offres des deux compétiteurs à la délégation de service public, dont la date a été fixée au 3 février 2014. La négociation elle-même commencera au mois d’avril, après les élections municipales. Ce que je peux dire sur ce sujet, c’est qu’on m’avait déjà expliqué que la hausse des tarifs de l’eau était inéluctable. A l’arrivée, et après négociations avec la Lyonnaise des Eaux, on a baissé ce tarif de 10% pour les habitants de la CUB. Je vois bien la tendance politique générale qui est de dire: «on fait payer les consommateurs, car pour eux c’est indolore, et on met moins la pression sur les grands groupes.» Moi, j’ai une vision de la politique différente, et je dis que rien n’est inéluctable. Alors, on va voir, je ne dis pas que c’est faisable, mais je dis que je ne pars pas perdu d’avance, et surtout, à un moment où le pouvoir d’achat est dégradé, je trouve un certain nombre de déclarations d’élus politiques, et notamment de mon compétiteur à Bordeaux, un peu rapides. On n’obtiendra jamais rien en partant avec un tel état d’esprit!

D’accord, mais quelles sont vos pistes pour que le tarif dans les transports n’augmente pas?

Je suis dans l’attente des propositions des deux éventuels délégataires, donc il m’est difficile de dévoiler ce à quoi je pense. Mais je donne tout de même une piste: quelle que soit l’heure où vous utilisez les transports pendant la journée, et quelle que soit votre catégorie socioprofessionnelle, vous payez le même prix. Or, on sait qu’il ya des gens qui ont des contraintes professionnelles, et d’autres qui n’en ont pas. Je pense donc que sur les tarifs, il y a plein de pistes à creuser pour moduler les choses. La grille tarifaire des transports dans son ensemble devra être revue. On va affiner la tarification sociale existante, et on va même aller plus loin.

Quels sont les principaux enjeux de la prochaine délégation de service public pour les transports?

Hormis la question des tarifs, le gros enjeu des années qui viennent c’est aller plus loin dans l’articulation entre tous les types de mobilité. Il y a une grosse marge de progression, notamment en terme de passerelles avec le réseau Trans’Gironde, avec la SNCF, avec la politique de stationnement ou les sites de covoiturage.  Je me mets à la place de l’usager, et ce que je vise ce sont des applications qui me donnent l’heure de passage des prochains transports à proximité de l’endroit où je me trouve, et quels sont les meilleurs moyens de parvenir à la destination où je me rends, entre le vélo, le bus, le tram, le covoiturage où la marche à pied. C’est-à-dire comment simplifier les choses pour l’utilisateur. Le troisième enjeu, c’est comment l’opérateur va-t-il accompagner l’entrée en service de 33 kilomètres de lignes de tramway supplémentaires, et l’arrivée de la LGV en 2017, qui sera un big bang de la mobilité pour l’agglomération bordelaise.

Il y avait une innovation très attendue cette année, c’est celle de la mise en service des navettes fluviales, les BatCub. Cela n’a pas été une réussite, vous en conviendrez?

Sur ce point, ne mettons pas la pression sur l’opérateur. J’ai tendance à faire le parallèle entre les navettes fluviales et l’alimentation par le sol pour le tramway en 2003. Nous avons essayé de faire quelque chose de très performant technologiquement, puisqu’il s’agit d’un bateau hybride, fabriqué avec des constructeurs locaux, et quand ça fonctionne, ça marche très bien. Il y a eu quelques soucis, mais j’espère revoir dans quelques jours, ou quelques semaines, les BatCub, et que les choses seront stabilisées, car cela correspond à une demande des touristes, qui peuvent admirer les quais de la Garonne pour 1,40 euro, et des habitants de la CUB, puisque les navettes du matin commençaient à connaître une certaine progression.

L’utilisation du réseau de transports en commun pour doper le tourisme, est-ce justement une piste de réflexion pour ces prochaines années?

Nous allons expérimenter ce genre de choses lors du dixième anniversaire du tramway, le samedi 21 décembre prochain, puisqu’une une rame particulière sera dédiée à cet anniversaire, dans laquelle il y aura des animations musicales et culinaires. Aller plus loin, pourquoi pas, mais le problème c’est qu’actuellement on doit avant tout faire face à un phénomène de saturation du tram. C’est bien pour cela que l’on met en place les terminus partiels à partir de 2015, qui vont permettre d’augmenter la fréquence des rames. Il faut d’abord améliorer le service, après, si on peut faire plus, on verra.

Bordeaux va fêter les dix ans de la mise en place du tramway le 21 décembre. Quel bilan en tirez-vous?

C’est une grande réussite, même si on ne l’a eu qu’en 2003, quand les autres grandes villes, Nantes, Grenoble, l’ont eu cinq, voire dix ans avant nous. Mais je ne suis jamais dans l’autosatisfaction, je réfléchis toujours comment aller plus loin, comment pourrait-on articuler le tram avec le logement… Et puis, le temps de transport des habitants de la communauté urbaine s’est, globalement, dégradé ces dernières années, ne l’oublions pas. Il y a donc encore des efforts à réaliser.