Comment la guerre Copé/Fillon perturbe les municipales à Paris

Alexandre Sulzer
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Nathalie Kosciusko-Morizet était placée entre jean-François Copé et Brice Hortefeux, lors du meeting de Marseille de Nicolas Sarkozy le 19 février 2012.
Nathalie Kosciusko-Morizet était placée entre jean-François Copé et Brice Hortefeux, lors du meeting de Marseille de Nicolas Sarkozy le 19 février 2012. — L. BONAVENTURE / AFP

Depuis mercredi, la campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP à la Mairie de Paris, est suspendue. Pourtant, en coulisses, ça s’agite. Mercredi soir lors d’une commission d’investiture à l’UMP, François Fillon s’en est pris à Jean-François Copé qui souhaitait reporter d’une semaine la tenue d’une sous-commission concernant le contentieux qui oppose le député Pierre Lellouche au secrétaire national Charles Beigbeder dans le 8e arrondissement pour la deuxième place. Car en arrière-plan du duel médiatique NKM-Hidalgo, la bataille Copé-Fillon pèse de tout son poids dans la capitale.

Dans le 8e, Charles Beigbeder est soutenu par le président de l’UMP quand Pierre Lellouche l’est par l’ancien Premier ministre. Avec en perspective, le siège de député qu’occupe actuellement Pierre Lellouche. Celui-ci a refusé la tête de liste dans le 2e arrondissement qui lui a été proposée. «Je suis patron chez moi, je n’ai pas à faire de tourisme électoral. La mairie du 8e n’est pas à vendre à un financier [Charles Beigbeder], fût-il l’ami du président intérimaire de l’UMP», fulmine-t-il. Tout en menaçant de mener une liste dissidente, il en appelle à l’arbitrage de NKM. «Elle ne peut pas se contenter de laisser passer les missiles au-dessus de sa tête, il va falloir qu’elle prenne ses responsabilités.»

De nombreux exemples

Dans le 7e, la maire sortante Rachida Dati, fidèle de Jean-François Copé, est ulcérée par la présence sur la liste du dissident Christian Le Roux de Vincent Fleurot, ancien conseiller de François Fillon à Matignon. «Sa présence n’a rien à voir avec Fillon avec qui il est vrai qu’il travaille de temps en temps dans le cadre de ses activités professionnelles», répond Christian Le Roux qui assure que Vincent Fleurot «n’est pas en mission» sur sa liste.

Les autres exemples sont nombreux: dans le 15e, la copéiste Géraldine Poirault-Gauvin est sur le point de mener la dissidence face au maire sortant filloniste Philippe Goujon. Dans le 3e, le filloniste Philippe Dominati menace face à la jeune Marie-Laure Harel qui avait soutenu Copé. Dans le 5e, Dominique Tiberi, filloniste déçu, se présentera contre Florence Berthout, investie par l’UMP et qui fut directrice de cabinet de Copé lorsque celui-ci était secrétaire d’Etat.

Copé/Fillon, une fausse grille de lecture?

«Le clivage Copé/Fillon est une fausse analyse, les dissidences sont avant tout liées à des ego et des ambitions personnelles», assure Philippe Goujon, filloniste patron de la fédération parisienne. Selon lui, les oppositions «recoupent des divisions plus anciennes» que la bataille Copé/Fillon, comme la guerre Charon/Jouanno aux sénatoriales, la lutte Lebel/Lellouche en 2008 dans le 8e… «Dans le 15e, nous étions trois élus sortants à défendre Copé: Catherine Marguerite, Pierre Charon et moi. Aucun n’est retenu sur la liste de Goujon», rétorque Géraldine Poirault-Gauvin qui en veut pour preuve que Paris «est un fief complètement verrouillé» par les fillonistes. «Les discussions ont repris pour intégrer Charon dans le 15e  et il y a plus de têtes de listes copéistes que fillonistes», lui répond Philippe Goujon.

«C’est vrai que nos objectifs de guerre ont presque tous été atteints avec l’investiture de Florence Berthout dans le 5e, celle de Pierre-Yves Bournazel dans le 18e, celle de Nathalie Fanfant dans le 20e en numéro 2», se réjouit-on dans l’entourage direct de Jean-François Copé. «Ni Copé ni Fillon n’ont intérêt à voir NKM gagner», résume une conseillère (UMP) de Paris. Ce qui expliquerait au final que les deux ennemis s’accommodent d’autant de soubresauts. «C’est dans l’intérêt commun de l’UMP que l’on gagne, réagit Jean-Didier Berthault, le directeur de campagne de NKM. Je ne peux pas imaginer que certains pensent autrement.»