Municipales 2014: Pourquoi Dominique Voynet a renoncé à Montreuil

Jérôme Comin

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Dominique Voynet (EELV), maire de Montreuil, en 2012.
Dominique Voynet (EELV), maire de Montreuil, en 2012. — SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

«Je ne suis pas candidate à ma réélection à la mairie de Montreuil.» C’est à travers un communiqué transmis lundi soir à l’AFP, que Dominique Voynet a annoncé sa décision de ne pas briguer un nouveau mandat de maire à Montreuil (Seine-Saint-Denis) en mars 2014. Une décision radicale de l’ancienne candidate Europe Ecologie-Les Verts à la présidentielle de 2007 qui s’explique de plusieurs façons.

Un climat politique délétère

«La politique, ce ne peut pas être une sorte de fight club où le seul objectif, c'est de traîner l'adversaire dans la poussière, lui faire rendre gorge, l'humilier, le détruire, ça doit être de porter un projet», a martelé Dominique Voynet ce mardi matin sur France Inter. Dans son viseur, une ambiance particulièrement belliqueuse à Montreuil où les conseils municipaux se transforment en batailles rangées, et ce malgré l’absence de la droite. «Passée une certaine heure, Voynet s'énerve pour un rien. Maintenant, pour éviter les interventions sauvages, on ne peut même plus appuyer sur les micros nous-mêmes», confirme dans Le Monde Juliette Prados, conseillère municipale du Parti de gauche. Il faut dire que Jean-Pierre Brard, ancien maire apparenté PCF de Montreuil de 1984 à 2008, n’a jamais digéré sa défaite face à Voynet et mène depuis une opposition féroce. Un combat permanent qui semble avoir lassé l’ancienne ministre de l’Environnement qui refuse de «“rendre coup pour coup”, d'user du mensonge, de la calomnie et de l'insulte (...) de la démagogie la plus abjecte et d'arguments aux relents lepénistes». Elle n’hésite pas au passage à fustiger une campagne où «certains de (ses) adversaires depuis des mois» promettent «logements et jobs à la mairie à tour de bras».

Un bilan contesté

Régulièrement taxée d’antipathie par ses opposants –«le principal problème de Dominique, c'est qu'elle n'aime pas les gens», tacle dans Le Monde Martine Billard, ex-députée écologiste devenue coprésidente du Parti de gauche– la maire de Montreuil pâtit aussi d’un bilan compliqué. Epinglée en juin par la chambre régionale des comptes (CRC), qui pointait des «gisements d'économies» potentiels importants, de «graves lacunes» et des «irrégularités» persistantes dans certains secteurs de l'action municipale, Voynet a aussi été fortement critiquée pour sa gestion de l’accueil de populations Roms et l’éviction médiatisée du directeur du cinéma municipal d'art et d'essai Le Méliès. Des dossiers qui ont apparemment plombé sa popularité selon un sondage commandé par Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale et ancien président PS du Conseil général de la Seine-Saint-Denis, comme le révèle Le Monde de lundi.

Des rivaux aux dents longues

Battu en 2008 par Voynet alors qu’il régnait sur Montreuil depuis 1984, Jean-Pierre Brard rêve depuis de reprendre son fief. Farouche opposant à la maire EELV durant tout son mandat, il bénéficie d’une base électorale solide (il était arrivé en tête au premier tour en 2008), de réseaux puissants et mène une campagne active sur le terrain depuis plusieurs mois avec sa mouvance «Ma ville j'y crois». Mais un autre rival est venu mettre la pression sur Voynet récemment. Le jeune député socialiste Razzy Hammadi s’est déclaré début octobre «candidat à la candidature» pour Montreuil estimant qu’il est «celui qui est le plus à même de rassembler la gauche». Certains y voient surtout en coulisse la main de Claude Bartolone, véritable faiseur de rois en Seine-Saint-Denis, qui après avoir soutenu Voynet en 2008 préfère désormais miser sur Hammadi pour mettre la main sur Montreuil.