Didier Schuller, le repenti qui a la niaque

Alexandre Sulzer

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Didier Schuller en campagne pour les municipales à Clichy (Hauts de Seine), le 18 octobre 2013.
Didier Schuller en campagne pour les municipales à Clichy (Hauts de Seine), le 18 octobre 2013. — ALEXANDRE SULZER/20 MINUTES

Dans son local de campagne, Didier Schuller lit à une dizaine de militants un article de Paris Match sur la «propriété du flamboyant maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, traversée par une paisible rivière, l’Aunette». «Aunette, a-u-n-e-deux t-e», précise, avec un plaisir non dissimulé, celui qui se présente aux municipales de Clichy (Hauts-de-Seine). Ironiser sur l’honnêteté de Patrick Balkany, gonflé pour l’homme qui symbolise à lui seul l’affairisme du 92. A la tête de l’office HLM du département dans les années 1980, Didier Schuller était l’homme clé du financement occulte du RPR. Après avoir fui en République dominicaine, changé d’identité, avoir été dénoncé par son propre fils, il a purgé une peine de prison ferme.

«Mea culpa»

«J’ai fait mon mea culpa complet sur les conneries que j’ai faites sur instruction de mes chefs de l’époque», martèle le repenti qui règle ses comptes avec eux, et notamment Patrick Balkany, en vidant son sac dans le livre French corruption (éd. Stock) des journalistes Gérard Davet Fabrice Lhomme (lire ci-dessous). Une façon de tourner la page. «C’est bien que ça soit fait maintenant, cinq mois avant l’élection.» Parce que, si «ça commence à [lui casser] les couilles» que les journalistes ne viennent le voir que pour lui parler de son passé pour lequel il dit avoir «payé», il n’est pas dupe: «Ils vont m’attaquer là-dessus.»

Une campagne à la Chirac

Ils, c’est le «couple infernal» formé, selon lui, par Patrick Balkany, dont il a pourtant été un intime, et le maire (PS) sortant de Clichy, Gilles Catoire. Lui se présente en indépendant, contre l’UMP Rémi Muzeau, le suppléant de Balkany à l’Assemblée. «Balkany veut que Clichy reste à gauche pour qu’elle reste dans la merde et que le gratin aille chez lui.»

Didier Schuller, c’est un indéniable franc-parler, une gouaille assumée mise au service d’une campagne menée tambour battant, à la Chirac. Bien planté dans son imperméable et toujours accompagné de militants «un peu costauds» -Didier Schuller n’a pas que des amis-, il arpente les rues, tutoie tous les commerçants qu’il connaît par leur prénom, agrippe les épaules, a la bise facile, lève le pouce en signe de victoire, donne du «mes enfants» à ses militants enthousiastes.

Deuxième confrontation face au maire socialiste

Au zinc du marché couvert, il ironise sur le chocolat de Saint-Domingue qu’il «connaît forcément bien», régale Saïd d’un expresso, laisse généreusement la monnaie au cafetier. Dans son porte-feuilles, sa carte d’électeur –il a retrouvé ses droits civiques en 2010– fait face à son permis de chasse. «Ici, je chasse le vieux renard», sourit-il. Car, à 66 ans, ce n’est pas la première fois que Didier Schuller affronte Gilles Catoire qui l’a déjà battu en 1989. «Je suis le seul à pouvoir gagner», assure-t-il, sur la foi de sa victoire aux cantonales en 1994 dans ce territoire de gauche. «Le seul bon opposant que Catoire a eu à affronter, c’était il y a vingt ans.» Comprendre lui-même, avant l’exil. Il vise «au moins 30%» au premier tour des municipales.

Plaire aux quartiers

S’il se présente et qu’il a mis «en demi-sommeil» son entreprise de conseils à l’export vers l’Amérique du Sud, ce n’est pas «par vengeance». C’est pour «former une nouvelle génération» d’élus – au cours du mandat unique qu’il promet de ne pas dépasser. Parmi eux, Karim, un éducateur social, selon lequel «Didier a remplacé la politique par le cœur». C’est lui qui prépare les déambulations dans les quartiers sensibles de Clichy que le candidat débute ce vendredi. C’est aussi lui qui va mener campagne auprès des jeunes des quartiers pour les inciter à s’inscrire sur les listes électorales. Les hommes politiques disent changer, les pratiques électorales restent.

S’il n’en est pas l’auteur, Didier Schuller est la principale source de French corruption. Un livre qu’il trouve «vivant». «Davet et Lhomme n’ont pas toujours respecté le off», souligne-t-il même si tous les faits relatés sont, selon lui, strictement exacts. Notamment la scène où Patrick Balkany, Nicolas Sarkozy et lui comparent la taille de leurs attributs sous la douche au milieu des années 1980. Un «comparatif» dont il donne le résultat au journaliste curieux. Mais  20 Minutes respecte le off.