Municipales 2014: Un FN normalisé en chasse sur les terres bobo

Alexandre Sulzer

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Gaëtan Dussausaye, secrétaire départemental du Front National de la  Jeunesse (FNJ) de Paris, tracte à la sortie du métro Rue des Boulets  dans le 11e en vue des éléctions municipales, le 8 octobre 2013.
Gaëtan Dussausaye, secrétaire départemental du Front National de la Jeunesse (FNJ) de Paris, tracte à la sortie du métro Rue des Boulets dans le 11e en vue des éléctions municipales, le 8 octobre 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Aux usagers du métro parisien qui remontent lentement les escaliers de la station Rue des boulets dans le 11e, les quatre militants tendent le tract sur lequel les portraits de François Hollande et de Nicolas Sarkozy s’affichent avec la mention «experts en laxisme». Les badauds le prennent, souvent indifférents. Certains le retournent et voient le logo du FN imprimé. Peu réagissent. «En deux ans, on sent le changement, se réjouit Gaëtan Dussaussaye qui, à 19 ans à peine, a été propulsé tête de liste FN dans cet arrondissement dominé, selon lui, par la «gauche bien-pensante, mondialiste et ultra-libérale. Avant, quand on tractait à Paris, on se faisait insulter, cracher dessus. Désormais, sans y adhérer directement, les Parisiens acceptent qu’on soit là pour représenter nos idées.»

Un territoire difficile pour le FN

Dans le 11e, Marine Le Pen n’a recueilli que 4,91% des voix à la présidentielle de 2012 et le FN a recueilli un catastrophique 2,89% aux dernières municipales. Mais avec des sondages qui le donnent en troisième position dans la capitale, le parti à la flamme entend pousser son avantage. Jusque dans l’est parisien. «Nous tracterons au moins une fois par semaine, idéalement trois ou quatre fois», promet Gaëtan Dussaussaye, mèche impeccable et sourire de gendre idéal qui se dit «à l’image des adhérents».

Et des badauds du quartier. Parmi eux, Denis, 29 ans, un comédien portant fièrement un pin’s de David Bowie et des chaussures Clarks stylés à lacets bleus. «De gauche, plus Mélenchon qu’Hollande», il prend sagement le tract. «Le FN, ce ne sont pas mes valeurs. Mais tout le monde a le droit de s’exprimer. Le militant qui nous l’a donné ne m’a pas agressé. Je ne vais pas lui être hostile», réagit-il.

«Pas d’hostilité de principe»

Même tolérance pour Alison, une étudiante en management de la mode de 21 ans. «Je ne suis pas du tout Marine Le Pen. Si tout le monde votait pour elle, ça ne le ferait pas. Mais je n’ai pas du tout d’hostilité de principe à ce que le FN tracte ici.» Olivier, 40 ans, lâche un «oh» de surprise en apercevant, après de longues secondes de lecture, le logo à la flamme. «C’est triste à dire mais c’est peut-être le seul parti qui peut faire quelque chose face au laxisme et au chômage», lâche ce magasinier sans emploi qui n’a jamais voté FN de sa vie. «Maintenant, j’hésite. Est-ce que ça ne risque pas de donner de la violence, du nazisme, de l’antisémitisme? De l’autre côté, il faut aussi leur laisser une chance, ils ont toujours été au vestiaire.»

Posément, Michel, 85 ans, engage la discussion avec Gaëtan Dussaussaye. «Les paroles de Marine Le Pen sont faites pour attirer les jeunes. Ne vous laissez pas embarquer, ça reste un fascisme passé», explique ce fils de réfugié républicain espagnol. Les accusations de fascisme, «vous voyez chez qui ça arrive», glisse, sourire aux lèvres, Fabien, un des militants FN. Comprendre chez les plus âgés. «Le FN me fait peur. Pas pour moi. Je suis malade et ma vie est comptée. Mais pour cette génération-là, justement», conclut le vieil homme en montrant du doigt les jeunes frontistes.