Europe Ecologie, grands vainqueurs des élections européennes en France

EUROPEENNES ANALYSE - Si l'UMP arrive en tête des suffrages, sa victoire est toute relative. L'échec du MoDem, lui, est cuisant...

Catherine Fournier
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Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly et José Bové, fin mai 2009.
Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly et José Bové, fin mai 2009. — SIPA

Le scrutin 2009 des élections européennes aura été plus surprenant que prévu en France. Si l'abstention est bien la grande gagnante, le reste des résultats réserve une surprise de taille: l'envol de la coalition emmenée par Daniel Cohn-Bendit, Europe Ecologie. Selon les chiffres définitifs du ministère de l'Intérieur, Europe Ecologie fait une percée à 16,3% des voix, au coude à coude avec le Parti socialiste, crédité de 16,5%, et devançant allégrement le MoDem (8,5%), avec lequel il se disputait la troisième place dans les sondages. 


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Pour le politologue Vincent Tiberj, les Verts, généralement bien placés dans les élections européennes, doivent leur succès à «un programme clair, porté par l'engagement et la campagne de Daniel Cohn-Bendit». Mais ils ont également bénéficié de la défection de l'électorat du PS et du MoDem, les deux grands perdants de ce scrutin. Reste à savoir si les Verts français réussiront à transformer l'essai d'Europe Ecologie sans retomber dans leurs divisions habituelles.


L'effet «A vous de juger» et «Home»


Le parti de François Bayrou, crédité pendant la campagne d'un score autour de 13%, s'effondre à 8,4%. Un résultat plus que décevant pour celui qui s'était hissé à la troisième place lors de l'élection présidentielle de 2007, faisant figure de challenger incontournable. Le MoDem retombe désormais en quatrième position et devance de peu le Front de gauche et le Front national. Une posture très problématique pour les deux prochaines échéances électorales, les régionales de 2010 et bien sûr la présidentielle de 2012.


Pour les experts, il ne fait guère de doute que le leader centriste a payé sa sortie face à Daniel Cohn-Bendit dans «A vous de juger» sur France 2 jeudi dernier. Un «faux-pas» qui peut expliquer cet écart inattendu de voix avec Europe Ecologie. D'autres estiment que la diffusion de «Home», de Yann Arthus Bertrand, vendredi soir sur France 2, n'est pas sans lien avec le bond en avant d'Europe Ecologie. Ce documentaire consacré à l'environnement a réuni 8,3 millions de télespectateurs.


Martine Aubry rate son premier test électoral


Le décalage entre les prévisions et les résultats n'est toutefois pas valable que pour Europe Ecologie et le MoDem. Le PS fait aussi beaucoup moins bien qu'attendu, avec près de quatre points en moins par rapport aux derniers sondages qui le donnaient autour de 20%. Au total, le parti perd plus de dix points par rapport aux européennes de 2004 (28,9%). Une grosse déception pour Martine Aubry, dont ce scrutin constituait le premier test national. Nombreux sont ceux qui ont reproché au parti de faire de nouveau campagne sur le vote sanction et non sur son programme. Le PS a également souffert d'une rude concurrence à sa gauche, avec l'émergence du Front de gauche (Jean-Luc Mélenchon, associé au PCF) et du Nouveau parti anticapitaliste (Olivier Besancenot), qui totalisent à eux deux 11,1% des suffrages.


Comme en 2007, l'UMP a au contraire profité d'une absence de concurrents sérieux à sa droite, continuant à étouffer une extrême droite en perte de vitesse en axant sa campagne sur le «non» à la Turquie dans l'UE et sur la sécurité et l'immigration. Le Front national a réussi à dépasser la barre des 5%, avec 6,3% mais fait beaucoup mois bien qu'en 2004, où le parti de Jean-Marie Le Pen avait gagné sept députés obtenus (9,81%). Quant à Libertas, le ticket Nihous-de Villiers ne semble pas avoir convaincu, ne ralliant même pas 5% des voix, contre 8,4% en 2004 pour Chasse pêche nature et tradition et Mouvement pour la France. Les deux partis, dont la critique de l'Europe était un élément constitutif de l'identité, ont également souffert de l'arrivée du parti souverainiste de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la République.


Victoire relative de l'UMP


Le parti de la majorité peut ainsi se targuer d'un score (27,9%) presqu'aussi bon qu'en 1989 (28,8%). C'est aussi la première fois depuis 1979 que le parti du président arrive en tête aux élections européennes. 


Malgré tout, la victoire de l'UMP et de Nicolas Sarkozy ce dimanche soir reste toute relative. 28%, c'est trois points de moins qu'au 1er tour de la présidentielle en 2007 et plus de dix points de moins qu'au 1er tour des législatives de la même année. «S'il y avait un deuxième tour, ce serait la bérézina», note Vincent Tiberj. La gauche plurielle réalise en effet un meilleur score et envoie, au final, davantage de députés au Parlement (lire l'encadré). «La droite dispose de peu de réserves en dehors de l'UMP et du Nouveau centre, et ne part pas en si bonne posture pour les régionales de 2010 et la présidentielle de 2012», analyse Vincent Tiberj. 


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Sièges L'UMP-NC envoie 29 eurodéputés à Strasbourg contre 17 actuellement. Le PS n'a plus que 14 élus (contre 31 en 2004), le même nombre que pour Europe Ecologie. Le MoDem doit se contenter de six députés tandis que le FN voit son nombre de représentants passer de 7 à 3 élus. Libertas ne conserve qu'un seul siège (contre 3), alors que le Front de Gauche en totalise 4.
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