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PROGRAMMES Tour d'horizon des principales propositions des forces en présence diamnche.

David Carzon

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Prise en concertation avec la présidence française de l'UE, qui -ironie du sort - s'était fixée pour objectif de rendre Strasbourg plus attractive aux yeux des eurodéputés en leur offrant une liaison ferroviaire à grande vitesse directe à partir de Bruxelles, la décision a été froidement accueillie dans la métropole alsacienne.
Prise en concertation avec la présidence française de l'UE, qui -ironie du sort - s'était fixée pour objectif de rendre Strasbourg plus attractive aux yeux des eurodéputés en leur offrant une liaison ferroviaire à grande vitesse directe à partir de Bruxelles, la décision a été froidement accueillie dans la métropole alsacienne. — Gerard Cerles AFP/Archives

L'opinion européenne existe, les pouvoirs du Parlement n'ont jamais été aussi importants. Mais pas assez pour peser sur les débats d'une campagne électorale. A qui la faute? A des médias qui peinent à intéresser leur lectorat sur les questions communautaires, aux formations politiques qui ramènent souvent les débats sur des enjeux nationaux, ou encore à un fonctionnement opaque de l'Europe qui ne permet pas de marquer les clivages gauche-droite sur de nombreuses questions.

«Partout en Europe, on a l'impression d'être face à vingt-sept campagnes dans lesquelles les enjeux européens sont relégués au second rang», juge Corinne Deloy, chercheuse à la Fondation Robert Schuman. «L'UE a abattu beaucoup de cloisons, sauf le mur invisible des débats politiques. Les courses à l'Elysée, au 10 Downing Street ou à la Chancellerie continuent de dominer les campagnes en France, en Grande-Bretagne ou en Allemagne», confirme le conservateur français Alain Lamassoure.

Dès le départ, l'UMP a clairement déplacé le débat européen sur le plan du bilan du gouvernement, afin de couper l'herbe sous le pied de l'opposition et de mobiliser son électorat traditionnel. Dès le départ aussi, François Bayrou, qui ne se présente pas comme eurodéputé, en a fait un tremplin pour 2012. Dès le départ enfin, l'opposition a cherché à attiser le vote-sanction anti-Sarkozy, qui aura peu pris, obligeant le PS à inventer la formule du vote «efficace».

Au final, seules les questions de l'entrée de la Turquie dans l'Europe, de l'attitude de l'UE face à la crise et de la ratification du traité de Lisbonne, qui fait hurler les tenants du «non» au référendum de 2005, ont provoqué des débats européens. Pour y voir un peu plus clair, 20Minutes a sorti les points les plus saillants des programmes de chaque parti.

INSTITUTIONS
En la matière, c’est la question de l’élargissement, et plus particulièrement de l’éventuelle adhésion de la Turquie qui a cristallisé les débats et les prises de position. Pour l’UMP qui a lancé le premier le sujet par l’entremise directe de Nicolas Sarkozy, Debout la République, Libertas ou encore le FN, hors de question de voir la Turquie entrer dans l’Europe. Le PS, lui, ne prend pas clairement position, demandant simplement la poursuite des négociations avec les Turcs.
D’une manière générale, les difficultés posées par les derniers pays entrés dans l’UE conduisent la plupart des pays à réfléchir à la manière de repenser les liens entre les pays membres (directives communes ou Europe à la carte) et le processus d’un élargissement. Le NPA d’Olivier Besancenot et les Verts d’Europe-Ecologie demandent ainsi un nouveau processus constituant. L’autre point de cristallisation est le traité de Lisbonne refusé par tous les eurosceptiques et ratifié par voie parlementaire en France malgré la victoire du Non au référendum européen de 2005.

ECONOMIE-FISCALITÉ
Plusieurs partis veulent relancer l’économie européenne par un grand emprunt communautaire. Ainsi, Europe-Ecologie propose un emprunt de 1 000 milliards d’euros sur cinq ans, et le MoDem en veut un équivalent à 3 % du PIB européen. Le PS souhaite, de son côté, un plan de relance de 100 milliards d’euros qu’il compte financer par la traque à l’évasion fiscale notamment.
Europe-Ecologie, le NPA et le Front de Gauche veulent aussi s’attaquer aux paradis fiscaux en les supprimant dans l’UE pour les premiers et dans le monde pour les seconds. Autres idées: un meilleur contrôle des missions de la Banque Centrale Européenne et un renforcement de la politique communautaire de services publics. Suite à la crise, l’UMP souhaite moraliser le capitalisme financier, mais plutôt qu’une rallonge, elle veut coordonner les différents plans de relance européens. Un peu plus à droite, Philippe de Villiers demande un renforcement du protectionnisme en passant du libre-échange au «juste échange». Le FN, lui, demande notamment le retour du franc.

SOCIAL
Sur l’ensemble du spectre politique, de la gauche à l’UMP, l’Europe sociale est devenue le thème à la mode de cette campagne électorale. Mais tous ne mettent pas la même chose derrière ce terme. Pour le MoDem, l’Europe sociale passe par une « harmonisation » des niveaux de protection sociale et une augmentation des moyens de financement via les fonds sociaux européens, tandis que l’UMP veut harmoniser, elle, les normes sociales européennes tout en promettant la sauvegarde des modèles sociaux français.
A gauche, le PS, le Front de Gauche et Europe-Ecologie veulent imposer un «bouclier social». Pour Jean-Luc Mélenchon, si l’Europe est parvenue par le passé à s’entendre sur des «critères de convergences économiques», elle doit répéter l’exploit demain sur des critères sociaux. Les socialistes proposent un salaire minimum dans chaque pays, les Verts un «revenu minimum d’existence». Trop mou pour le NPA qui veut une augmentation de tous les salaires de 300 € nets et une interdiction totale des licenciements. Sans surprise, le FN, lui, reprend son vieil argument de la «préférence nationale et communautaire».

ENVIRONNEMENT
C’est la révolution verte: tout le petit monde politique, droites et gauches confondues, est écolo et fait la part belle au développement durable! Enfin plus ou moins. Honneur aux Verts d’Europe-Ecologie qui veulent une politique agricole commune écologique, sans OGM, avec 30% de bio et 100% d’agriculture durable. Comme le NPA et Lutte ouvrière, les Verts réclament également l’abandon du nucléaire sur le continent.
A gauche, le NPA propose la gratuité des transports en commun de proximité, le Front de Gauche demande un moratoire sur les OGM - tout comme le MoDem - et des investissements dans les énergies renouvelables, tandis que le PS voit l’opportunité de profiter de la crise écologique mondiale pour créer 10 millions d’emplois verts en Europe. Plus globalement, les socialistes veulent engager un nouvel accord communautaire sur le climat.
MoDem et UMP se retrouvent sur le développement des énergies renouvelables et sur la création d’une taxe carbone pénalisant les importations qui ne respectent pas les normes environnementales.

EVOLUTION
Le démocrate allemand Jo Leinen estime qu’il n’y aura de véritable campagne européenne que lorsque sera organisé un scrutin dans les mêmes conditions dans toute l’UE. Il propose également de faire désigner les candidats par «la base des partis» et d’interdire le cumul des mandats. Autre idée de l’élu, la généralisation de listes «transnationales» pour une partie des candidats pour «enfin surmonter les frontières politiques nationales».