José Manuel Barroso, sinon rien?

EUROPE Seul candidat à sa propre succession à la tête de la Commission, le Portugais est dans la ligne de mire d'une gauche européenne divisée...

Maud Descamps

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La Commission européenne tente sans succès depuis décembre d'imposer cette idée, l'une des rares contributions du budget de l'UE à la relance.
La Commission européenne tente sans succès depuis décembre d'imposer cette idée, l'une des rares contributions du budget de l'UE à la relance. — Dominique Faget AFP

En novembre prochain, le mandat du président de la commission européenne, actuellement rempli par José Manuel Barroso, arrive à son terme. Si l'échéance paraît encore lointaine, la présidence de la Commission est l'un des enjeux majeurs du scrutin de dimanche pour les socialistes. En effet, si le président de la Commission est nommé par les chefs d'Etats européens, sa candidature doit être validée par le Parlement. L'enjeu politique est bien là. Si la gauche est majoritaire, elle pourrait donc s'opposer à cette nomination.
 
Rasmussen ne fait pas l'unanimité
 
Outre les résultats de dimanche, si la gauche européenne s'impose à l'issue du scrutin, le problème du candidat demeure. José Manuel Barroso est pour le moment seul prétendant à sa propre succession. En effet, si le Parti socialiste européen (PSE) présente Barroso comme un libéral à écarter de la présidence, il n'a pas encore trouvé son candidat. «Les socialistes n'ont pas encore désigné de candidat car ils attendent les résultats des élections du 7 juin», explique Olivier Ferrand, spécialiste de l'Europe et ancien conseiller de Lionel Jospin.

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Mais le temps presse. Les chefs d'Etat européens, réunis en conseil, feront leur choix, lors de leur sommet des 18-19 juin. Les socialistes doivent donc aboutir rapidement un consensus. Mais minés par des divisions internes, ils peinent, en réalité, à se rassembler derrière un aspirant à la présidence. Pour le moment, seul le nom du Danois Poul Nyrup Rasmussen, président du PSE, est évoqué. Mais il est loin de faire l'unanimité. «José Manuel Barroso a de grandes chances d'être renouvelé car en plus d'une absence de candidat en face, les chefs de gouvernements socialistes le soutiennent», explique Stefan de Vries, journaliste indépendant Néerlandais, à Paris.
 
L'appel de la dernière heure
 
En effet, trois chefs de gouvernement socialistes: le Britannique Gordon Brown, l'Espagnol José Luis Zapatero et le Portugais José Socrates ont affiché leur soutien au président de la Commission européenne. Des prises de positions qui ont poussé huit personnalités socialistes, dont les anciens chefs de gouvernements français et allemand Lionel Jospin et Gerhard Schröder, à lancer un appel de la dernière heure, ce mardi, exhortant leur camp à présenter une alternative à l'actuel président.
 
Une vision politique du rôle de la commission que critique José Manuel Barroso. «Certains politiciens risquent d'être dans l'opposition à l'Europe parce qu'ils sont en opposition à leur gouvernement», a-t-il déclaré récemment. «L'opposition voit la Commission comme un camp politique, or ce n'est pas le cas. La Commission est une coalition», a-t-il ajouté. Mais ces luttes de pouvoir semblent bien loin des préoccupations des électeurs. Alors que le renouvellement du Parlement européen, élu au suffrage universel direct, ne déchaînent pas les passions chez les citoyens européens, l'avenir de la Commission demeure un débat de spécialistes.