Une journée avec Eva Joly, entre les européennes et le souvenir de l'affaire Elf

EUROPEENNE Une journée de campagne avec l'ancienne juge norvégienne, candidate pour Europe-écologie...

Emile Josselin

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 Eva Joly lors d'un meeting d'Europe-écologie, le 30 mai 2009 à Lille.
 Eva Joly lors d'un meeting d'Europe-écologie, le 30 mai 2009 à Lille. — BAZIZ CHIBANE/SIPA
>> Tout comme Nicolas Dupont-Aignan, on a suivi la journée en live sur Twitter, vous pouvez retrouver ça ici.
>> Et pour l'après-midi avec Michel Barnier, c'est par ici.

10h30.Un petit tour chez Tiberi.
La candidate écologiste commence par une distribution des tracts au marche de la rue Mouffetard, dans le Ve arrondissement de Paris. Le maire, Jean Tiberi, «quintessence des dysfonctionnements du système» a été condamné à  trois ans d'inéligibilité cette semaine dans l'affaire des faux électeurs. Place Monge, l'accueil est plutôt bon, beaucoup de passants viennent la voir et lui parlent de ses livres qu’ils disent avoir lu.

Même les concurrents sont aimables. Un militant Modem lui dit sa «sympathie», et l'opposante PS à Tiberi, Lyne Cohen-Solal lui confie qu'elle est «très fière» de ce qu'elle a accompli en tant que juge. Jusqu'à un militant UMP qui salue une personne «juste», se démarquant en cela de la position de Patrick Devedjian. Dans la voiture direction Bastille, elle relit un communiqué appelant a la démission de Jean Tiberi.

12h. Dany, Chabrol et le Front de gauche.
Sur le marche du boulevard Richard Lenoir, Eva Joly parcours les allées avec Daniel Cohn-Bendit. Une passante lui parle du film de Claude Chabrol inspiré de l’affaire Elf, «L’ivresse du pouvoir», où Eva Joly est incarnée par Isabelle Huppert : «je vous aime bien, mais depuis que j’ai vu le film, je n’ai plus trop envie de voter pour vous». L’occasion pour elle de parler du long-métrage, qu’elle n’a guère apprécié : «en négligeant la dimension géopolitique, Chabrol a fait de l’affaire Elf un drame petit bourgeois».  Vrai ou faux? Essayez de vous faire une petite idée avec la bande-annonce:


Pendant ce temps là, le ton monte avec une militante du Front de gauche, qui huait Daniel Cohn-Bendit. Un élu Vert du XIVe arrondissement de Paris tente de calmer la sexagénaire, et se prend une claque pour la route.

Les militants du Front de gauche reprochent notamment à Europe-écologie son soutien au traité de Lisbonne. Eva Joly assume tout, du texte – «c'est un progrès par rapport a la situation précédente» - à sa ratification parlementaire controversée – « il faut parfois forcer un peu les choses». Après un rapide déjeuner avec Daniel Cohn-Bendit – «Eva Joly, c’est moi qui l’ai fait venir», s’amuse-t-il -, direction le studio pour enregistrer le clip officiel.

15h. Clip officiel, paradis fiscaux et Johnny Halliday.
Sur le trajet Eva Joly et son staff corrigent les phrases des quinze secondes de discours du clip pour les rendre «plus politiques». A l’arrivée, José Bové est déjà au maquillage. Pendant qu’il enregistre, le conseiller politique d’Eva Joly suggère une dernière retouche : prôner une Europe «lieu de justice exemplaire» sonne trop dur. Poids des mots oblige, ce sera «faire de l’Europe un exemple de justice». Sans surprise, son passage est axé sur les paradis fiscaux et la lutte contre la corruption, qui «détournent plus d'argent qu'il n'en faut pour supprimer la pauvreté».

Une fois face à la caméra, la production peaufine les derniers réglages : reflets, cadrage… et positionnement de ses célèbres lunettes rondes pour qu’elles ne masquent pas son regard. Au tour ensuite de Daniel Cohn-Bendit, qui s’échauffe en chantant du Johnny Halliday puis… l’internationale.

Petit battement avant d’aller chez TV5 Monde, on en profite pour parler un peu de la Banque centrale européenne, sévèrement critiquée dans la campagne. Pour Eva Joly, nul besoin de réformer les statuts, «la BCE va évoluer sous les coups de boutoirs de la crise. Regardez l’interdiction de dépasser les 3% de déficit annuel, dans les faits, ils sont abandonnés». Un raisonnement qui découle d’un principe, qu’elle applique aussi aux insuffisances du traité de Lisbonne : «la réalité se charge de changer les institutions. Avec une majorité favorable à la régulation, il sera possible de faire beaucoup de choses».

18h. Corruption et paradis fiscaux. Dernier rendez-vous de la journée, une émission en direct pour TV5 Monde. Dans la voiture, son conseiller fait le point sur l’affaire Coupat. Il pointe notamment le débat autour de la qualification de terrorisme.

TV5 Monde s’adressant essentiellement aux pays francophones hors Europe, il sera beaucoup question de lutte contre la corruption et les paradis fiscaux. Eva Joly en profite pour attaquer vivement la suppression du juge d’instruction voulue par Nicolas Sarkozy. Aux questions «est-ce que vous accusez Sarkozy de tout faire pour qu'il y ait moins d'enquêtes sur les affaires financières?», et «sans juge d'instruction,il n'y aurait jamais eu d'affaire Elf?», elle répond sans détour : «oui». 

Petit passage sur les européennes à la fin, où Eva Joly en profite pour plaider en faveur d’un salaire maximal et minimal, le premier ne pouvant excéder quarante fois le seconde. 19h30, après un petit cocktail, la journée d’Eva Joly se termine. Elle reprend lundi tôt le matin, pour l’interview matinale de Jean-Michel Apathie sur RTL.