Daniel Cohn-Bendit: «L'histoire de l'Europe est en marche!»

INTERVIEW Député européen depuis 1994, il mène la liste d'Europe Ecologie en Ile-de-France...

Recueilli par Laure de Charette et Maud Noyon

— 

S. POUZET / 20 MINUTES

Les derniers sondages vous donnent quatrième, à 9%, comme en 1999. Déçu?
Notre objectif est de 10%. Au début, tout le monde me riait au nez ! Il faut voir d'où on est partis. Les écolos ont fait un faible score aux municipales et aux présidentielles. Alors là, on remonte beaucoup! Si à la fin on est quatrièmes, je dis d'accord. Et si on fait plus de 10%, on aura réussi à replacer l'écologie dans le paysage politique français. L'important est que les Verts ont regagné une crédibilité européenne.

A quoi ressemble votre Europe?
La priorité serait d'apporter une réponse européenne aux crises financière et environnementale actuelles. Les réponses nationales, soi-disant coordonnées, sont insuffisantes. La banque Barclays estime que la non-coordination des plans nous a fait perdre 30 milliards d'euros. Le chacun pour soi coûte cher! Il faut investir, via un grand emprunt, dans la rénovation écologique de l'habitat, dans une nouvelle stratégie industrielle, par exemple pour l'automobile - il faut des voitures différentes, propres. Il faut aussi un «bouclier social»: les salariés qui ont perdu leur emploi dans un secteur sinistré toucheraient un revenu pour se former à travailler dans une nouvelle industrie.

En empruntant, l'Europe s'endetterait sur des décennies...
Le budget européen est de 0,9% du PIB de l'UE. Les traités disent qu'on peut aller jusqu'à 1,24%. Ce qui débloquerait 60 milliards d'euros, dédoublables avec la Banque européenne d'investissement. Ensuite, on récupère l'argent par l'économie d'énergie réalisée, on crée de l'emploi et on réduit au fur et à mesure la dette.

Que retenez-vous des propositions de vos adversaires?
Ma critique du MoDem est politique. Elle porte sur la sortie d'un livre contre Sarkozy pendant les élections européennes. Le vote sanction, tout le monde peut le faire. Le PS en est venu au vote utile. Et à l'UMP, c'est déplorable, c'est Sarkozy le seul programme. Mais la prochaine présidence française de l'UE, c'est dans treize ans!

On sait aussi que l'Europe ne soulève pas les foules...
On fait campagne pendant quinze jours seulement tous les cinq ans. Et si beaucoup trouvent que l'Europe reste incompréhensible, c'est que la démocratie européenne est en gestation. Chaque loi doit trouver sa majorité, c'est difficile à comprendre, on doit en parler sur le long terme. Mais les jeunes Européens n'ont pas peur: 91% des étudiants ne pensent pas que l'intégration soit une menace pour leur identité.

Mais comment rapprocher les Européens de leurs institutions?
Je crois qu'il faut mettre en place des référendums sur des propositions d'intérêt général, sur un salaire minimum en Europe, par exemple. Mais pas sur des sujets comme la Turquie, car la consultation pourrait avoir des relents racistes.

C'est la quatrième fois que vous vous présentez aux européennes et la deuxième fois en France. Vous aimez tant que ça, être eurodéputé?
Quand on est député européen, on a l'impression de faire l'histoire. Vous vous confrontez à vingt-sept cultures politiques, on travaille avec les Tchèques, les Italiens... J'ai beaucoup appris. Et il y a un petit côté personnel dans ma candidature: j'ai été élu deux fois en Allemagne, une fois en France. Comme mon identité est bâtarde, je voulais que ça fasse match nul.