L'Europe a-t-elle changé quelque chose à notre chocolat?

ALIMENTATION La France a eu peur que l'autorisation d'ajouter des matières grasses végétales autre que le beurre de cacao ne dénature le goût du vrai bon chocolat. Et si cette mesure avait provoqué l'effet inverse?

Aurélie Blondel

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  — REUTERS / Benoit Tessier

Depuis l'été 2003, le chocolat peut contenir jusqu'à 5% de matières grasses végétales ne provenant pas du cacao, et s'appeler quand même chocolat. Avant, c'était interdit en France.

Pourquoi l'Union Européenne a-t-elle pris cette décision?
L'UE a autorisé ces ajouts, déjà pratiqués dans certains pays, par une directive du 23 juin 2000, approuvée par le Parlement européen et les Etats, France comprise. Il s'agissait d'assurer la libre circulation des marchandises en Europe, principe de base du marché commun. «Auparavant, un chocolat qui ne respectait pas la législation d'un pays était bloqué à la frontière, les producteurs peuvent désormais vendre partout», explique Sophie Robin-Olivier, professeur de droit.

 

Illipé, karité, huile de palme, sal, kokum et noyaux de mangue: c'est la liste des matières grasses végétales (MGV) que l'on peut ajouter, en plus du beurre de cacao. «Elles servent notamment à améliorer les caractéristiques du chocolat, par exemple la conservation, en retardant le blanchiment», indique Florence Pradier, secrétaire nationale du Syndicat du chocolat.

 
Ces matières grasses végétales sont-elles mauvaises?
«Avec seulement 5% maximum de ces huiles, le chocolat n'est, sur le plan nutritionnel, ni moins bon ni meilleur», explique le nutritionniste Jean-Marie Bourre, auteur de Bien manger, vrais et faux dangers (Odile Jacob, 2008).

Et le goût ? «Ca se sent tout de suite», répond Jacques Pessis, président du Club des croqueurs de chocolat, une association qui défend la qualité du chocolat artisanal. «Il faut être habitué pour déceler la différence», nuance Isabelle Guené, secrétaire générale des Chocolatiers et confiseurs de France.

Comment reconnaître le «vrai» du «faux» chocolat?

La mention «contient des matières grasses végétales en plus du beurre de cacao» doit figurer sur les paquets concernés. Les autres peuvent porter la mention «pur beurre de cacao».

Mais difficile de trouver en France du chocolat contenant effectivement ces fameuses MVG – y compris dans les supermarchés. La plupart des professionnels l'admettent, même ceux qui étaient à l'époque farouchement opposés à la directive: celle-ci n'a rien changé ou presque pour le chocolat français.

«Nous, les artisans, nous n'utilisons pas ces MGV, le chocolat c'est du cacao et du sucre», affirme Isabelle Guéné, dont la Confédération regroupe des artisans. Idem du côté des plus gros fabricants, regroupés pour l'essentiel au sein du Syndicat du Chocolat: «Très peu d'entre eux utilisent cette possibilité car les Français sont attachés au chocolat pur beurre de cacao», précise Florence Pradier.

Et si la directive et la polémique qu'elle a déclenchée avaient au final contribué à améliorer la qualité du chocolat? C'est l'avis de Jacques Pessis: «Il y a de plus en plus de chocolatiers de qualité», estime-t-il. Et «c'est en partie grâce à toute cette histoire», qui a attiré l'attention du consommateur.