Pourquoi les banques acceptent des salaires plus bas pour les prêts immobiliers

POLITIQUE Le revenu moyen des ménages qui souscrivent un crédit immobilier est en forte baisse, d'après une étude révélée par meilleurtaux.com...

T.L.G.

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Ils rêvent d'acheter une maison pour matérialiser leur bonheur, illustration.
Ils rêvent d'acheter une maison pour matérialiser leur bonheur, illustration. — Tijana87
  • Le revenu moyen des ménages qui souscrivent un crédit immobilier est en baisse.
  • La moyenne s’établit à 4.376 euros nets par foyer en 2018, soit une baisse d’environ 15 % par rapport à 2017, selon meilleurtaux.com.
  • Ces chiffres cachent d’importantes inégalités territoriales.

Le revenu moyen des ménages qui souscrivent un crédit immobilier est en baisse. D’après une étude révélée par meilleurtaux.com ce mardi, « le profil type de l’emprunteur » a évolué en 2018. Celui-ci serait désormais plus jeune et payé un peu moins. De quoi laisser de l’espoir à tous les Français ? Pas forcément. 20 Minutes vous dit pourquoi.

Qui achète un bien immobilier en 2018 ?

D’après meilleurtaux.com, les emprunteurs sont désormais plus jeunes : 36 ans en moyenne contre 37 ans en 2016 et 36,9 ans en 2017. Leurs revenus sont également en baisse, d’après cette société de courtage en produits financiers. « La moyenne s’établit à 4.376 euros nets par foyer en 2018, soit une baisse d’environ 15 % par rapport à 2017 [soit 5.134 euros et 5.500 euros en 2016] », indique le site.

« Il faut mettre ces chiffres-là au regard des transactions macroéconomiques. Comme 2017, l’année dernière a été une bonne année en termes de transactions, notamment les opérations de ventes dans l’ancien. Plus il y a de transactions, plus il est normal de retrouver des ménages plus jeunes et moins riches dans les accédants », assure l’économiste Pierre Madec, spécialiste notamment d’immobilier et de logement. « Ces ménages restent quand même plutôt aisés : le revenu moyen est équivalent à 4 Smic », rappelle-t-il.

Comment l’expliquer ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer que les personnes souscrivant à des crédits immobiliers ont des revenus moins importants. « Premier canal, les conditions de crédit : on va avoir des durées d’emprunts plus longues [20 ans en moyenne], et contrairement à ce qui était annoncé, les taux sont restés relativement bas en 2018 [sous la barre des 2 %] pour un tas de raisons conjoncturelles », explique Pierre Madec. « Les enquêtes montrent aussi que les banques ont intérêt à distribuer du crédit car elles-mêmes s’endettent à des taux bas. Les banques sont restées assez conciliantes en 2018, les conditions d’apport ont été moins strictes. »

Des fortes inégalités territoriales

Pierre Madec prévient toutefois : « L’autre canal expliquant ces chiffres est le prix de l’immobilier. Dans certaines zones, le prix de l’immobilier s’érode, rendant la propriété accessible à de nouveaux ménages. Mais dans d’autres régions, dans certaines villes, la hausse des prix continue et repousse de nombreux ménages vers l’extérieur ».

La hausse des prix se poursuivait ainsi au troisième trimestre 2018 à Paris à 7 % par rapport à un an plus tôt, avec un mètre carré parisien moyen au-dessus de 9.600 euros. « La capitale est un peu une caricature, mais des communes limitrophes ou d’autres grandes villes ont des prix extrêmement élevés », indique l’économiste. Le revenu moyen des ménages qui achètent à Paris est ainsi de 8.259 euros par foyer et de 5.800 pour Lyon.

Est-ce que cette tendance de prêts à des revenus plus bas peut être dangereuse ?

Non, répond Pierre Madec. « Le système bancaire français maintient des conditions de crédit relativement strictes. Cela éloigne une partie des ménages de l’accession mais il y a peu de risques de défaut. Ceux qui peuvent acheter en 2018 font partie de ceux qui ont été repoussés du marché de l’accession par la crise de 2008 », avance le spécialiste. « Mais la difficulté d’accès au crédit demeure une réalité étant donné la précarité du marché du travail et les plus pauvres en sont toujours écartés. »