Véronique Préaux-Cobti: «Les entreprises excluent les femmes sans le vouloir»

INTERVIEW La directrice générale de Diforia et présidente d'honneur du réseau GEF (Grandes écoles au féminin) fait le point sur la discrimination des femmes en entreprises...

Propos recueillis par L. C.

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Les entreprises sont-elles machistes?

Elles ont été conçues par des hommes et pour les hommes. Leur mode de fonctionnement exclue souvent les femmes sans le vouloir. La détection des hauts potentiels se fait traditionnellement entre 30 et 35 ans, une période durant laquelle les salariées sont généralement plus investies dans leur vie personnelle, maternité oblige. La mobilité, indispensable pour faire carrière dans les grands groupes internationaux, est également moins accessible aux femmes. L’habitude des réunions tardives les défavorise aussi. Enfin, l’entreprise continue d’évaluer ses salariés sur des critères très masculins : l’autorité, le leadership, et le présentéisme, qui favorise énormément les hommes.

 

Comment faire évoluer les comportements?

Il faut sensibiliser les entreprises et les managers aux différences de comportements et les inciter à aller davantage « chercher » les femmes. Par exemple, ce n’est pas parce qu’une salariée opte pour un poste moins prenant pendant un ou deux ans, pour cause de maternité, qu’il ne faut pas lui proposer une promotion par la suite. Elles doivent aussi prendre conscience de ce qui se joue, et ne pas hésiter à faire davantage part de leurs ambitions. Elles ont souvent tendance à penser que bien faire son travail suffit. Les hommes, eux, s’attachent à le faire savoir.

 

Etes-vous favorable à une politique de quotas dans les fonctions d’encadrement?

Les quotas, globalement ,personne n’en veut, ni les hommes, ni les femmes. Mais pour l’instant, on n’a pas fait la démonstration qu’on pouvait s’en passer. En 1982, il y avait déjà 40% de femmes dans les écoles de commerce et 15% dans les écoles d’ingénieurs. Une proportion qu’on ne retrouve pas dans le top-management, trente ans plus tard.