Emploi : Comment expliquer une telle baisse des chiffres du chômage ?

TRAVAIL Le taux de chômage au dernier trimestre 2021 est plus bas qu'en 2019, avant la crise sanitaire

Jean-Loup Delmas
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Les chiffres du chômage ont atteint un score qui n'avait jamais été aussi bas depuis 15 ans
Les chiffres du chômage ont atteint un score qui n'avait jamais été aussi bas depuis 15 ans — Philippe LOPEZ / AFP
  • Ce vendredi, l’Insee a communiqué les chiffres du chômage du dernier trimestre 2021.
  • Le taux de chômage est historiquement bas, puisqu’il faut remonter à… 2008 pour trouver trace d’un pourcentage encore plus faible.
  • La sortie de crise semble donc plutôt bien se dérouler, malgré quelques nuances à apporter.

Ce vendredi matin, l’Insee a transmi les chiffres de l’emploi avec une très bonne nouvelle : au quatrième trimestre de 2021, le taux de chômage est descendu à  7,4 % de la population active en France, soit 0,6 point de moins en trois mois, après une année entière de chômage à taux quasi-stable (entre 8,1 % et 8 % les quatre derniers trimestres). Non seulement la hausse du chômage durant  la crise sanitaire est compensée, mais même le niveau de 2019 est battu. Juste avant le coronavirus, fin 2019, le taux de cĥômage était de 8,2 %, soit 0,8 point de plus que fin 2021. Il faut remonter à… 2008 pour retrouver un chiffre aussi bas de demandeurs  d’emploi.

Comment expliquer un tel succès ? Ce chiffre illustre la bonne santé économique globale de la France en 2021. Entre autres, 650.000 emplois créés dans le secteur privé durant l’année grâce à une croissance florissante de 7 % : « Le chômage ne fait que refléter la bonne tendance actuelle française et a toujours été corrélé à    la croissance », rappelle Yannick L’Horty, professeur d’économie à l’université Eiffel et spécialiste de l’économie du travail.

Action réaction

Le mouvement de décrue est en partie en réaction à l’annus horribilis 2020. « Il y a eu une récession d’une très forte ampleur en 2020 et une reprise de même intensité en 2021. Une simple action-réaction en économie », poursuit l’expert. Un tel phénomène a d’ailleurs été observé dans l’ensemble des pays riches confrontés à la crise sanitaire. Stéphanie Villers, économiste spécialiste de la macro, y voit également la réussite du « Quoi qu’il en coûte » et des aides de l’Etat, qui auront permis de sécuriser les salariés en poste même au plus fort de l’arrêt économique du pays, mais également d’accélérer les recrutements : « En 2021, il y a eu une hausse de 12,2 % des investissements pour  les entreprises, grâce notamment aux prêts garantis par l’Etat. Or, quand une entreprise investit, cela se concentre principalement sur deux axes : modernisation et  recrutement. »

Si toutes ces raisons expliquent pourquoi le niveau pré-crise est si vite revenu, comment justifier le fait qu’il soit dépassé ? « On a rejoint une autre tendance qui avait lieu entre 2015 et 2019 et qui a été interrompu par le coronavirus : une décrue du chômage année après année, en compensation de la hausse entre 2008 et 2015, lors de la crise économique des subprimes », indique Yannick L’Horty. Une baisse également portée par quelques mesures phares des deux derniers quinquennats : réforme de l’assurance chômage, CICE, loi travail… liste le professeur.

Les jeunes, vraiment la bonne nouvelle ?

Bonne nouvelle, c’est chez les jeunes que le taux de chômage connaît la plus forte baisse ( – 3,6 points), pour se situer à 15,9 %, soit « les plus bas niveaux des cycles précédents à la fin des années 80 et 90 », note  l’Insee. « Ce sont les bénéficiaires logiques des politiques de recrutements et des créations d’emplois, d’autant plus que l’Etat a lancé plusieurs mesures spécialement pour l’embauche de cette population », poursuit Yannick L’Horty. Par exemple une entreprise peut recevoir une aide d’un montant pouvant s’élever jusqu’à 4.000 euros pour l’embauche d’un jeune de moins de 26 ans, dans le cadre du plan « 1 jeune 1 solution ».

Le bilan n’est pas à idéaliser pour autant. Ce taux de chômage se fonde sur la définition du Bureau International du Travail (BIT), qui repose sur trois critères : pour ̂être considéré comme chomeuse, la personne ne doit pas avoir travaillé dans la semaine, doit être disponible dans les deux semaines pour un emploi et doit être activement à la recherche de travail au cours des quatre dernières semaines. Cela signifie qu’une personne ayant arrêté de chercher depuis quatre semaines ou n’étant pas disponible dans les deux semaines pour un emploi n’est pas comptabilisée comme chômeuse.

Un bilan à nuancer

Or, l’Insee note une augmentation de ces individus, nommé le « halo autour du chômage », avec 1,9 million de personnes dans cette catégorie, en hausse de 48.000. « Ce halo est particulièrement en augmentation chez les jeunes, de 0,5 point », déplore Stéphanie Villers. De quoi sérieusement relativiser le bilan : « En prenant également en compte ce halo, on est en réalité à 4 millions de personnes sans emploi en France, pour 29 millions d’actifs environ, soit 12 % du total des personnes qui pourraient travailler. » Un chiffre beaucoup plus vertigineux et beaucoup plus inquiétant : « Des centaines de milliers de Français sont en train de totalement quitter le marché de l’emploi, et de plus en plus jeunes, sans aucune expérience et pour qui la réinsertion sera d’autant plus difficile ».

Autre nuance à apporter, l’aide publique nécessaire pour un tel résultat : « Entre 2020 et 2021, la France a creusé son déficit public de 400 milliards, note l’économiste. Cela fait cher les 7,4 % de chômage », poursuit amèremnt la spécialiste. D’autant que Stéphanie Villers cite ensuite le taux de chômage en Angleterre ou en Allemagne, respectivement à 4,2 % et 5,2 % : « Quand la France se regarde, elle se rassure, quand elle se compare, elle s’inquiète ».