Hauts-de-France : L’essor du textile « made in France » manque de bras

INDUSTRIE Les projets pour produire à nouveau des vêtements dans le nord de la France se multiplient, mais la main-d’œuvre se fait rare

20 Minutes avec AFP
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L'Ecole nationale supérieure des arts et industies textiles, à Roubaix.
L'Ecole nationale supérieure des arts et industies textiles, à Roubaix. — Google Maps

C’est le bon côté de la crise sanitaire du Covid 19. Les bouleversements économiques permettent aujourd’hui aux projets de production de vêtements de se multiplier dans le nord de la France. Mais cette vieille terre textile peine à trouver des bras. En 1999, Levi’s quittait La Bassée, dans le Nord, pour la Turquie, laissant 541 personnes sur le carreau. Une pièce de théâtre, Levi’s Blues, était créée dans la foulée, portée par cinq anciennes ouvrières. Vingt ans plus tard, elle vient d’être relancée.

Avec cette fois une bonne nouvelle annoncée lors de la « première » de ce spectacle à Lens, dans le Pas-de-Calais : l’ouverture prochaine d’un atelier d’insertion, qui va produire des jeans pour 1083, marque emblématique du Made in France. Onze emplois seulement, puis 27 en 2024. Mais un symbole fort, au moment où les projets de (re)localisation d’activités textile fleurissent dans la région.

La crise sanitaire a stimulé une demande plus locale et responsable. Et alors que 450 entreprises industrielles de la filière subsistent dans le nord, 15 projets promettant 4.000 emplois sont soutenus par le plan de relance. « Les planètes sont alignées » pour faire redécoller le Made in France, s’enthousiasment les professionnels des Hauts-de-France.

« On peut maintenir, voire améliorer, les marges »

Ancienne capitale du négoce de laine, Roubaix, dans le Nord, se voit en épicentre de cette dynamique, avec un chiffre pour mantra : relocaliser 1 % des vêtements achetés par les Français générerait 4.000 emplois. « Produire en France va coûter environ 2,5 fois plus cher mais si on réussit à produire à la demande, sans stocks et donc sans démarques, on peut maintenir, voire améliorer, les marges », professe Guillaume Aélion, dont l’Atelier Agile conçoit des petites collections pour des enseignes.

Même des marques de la « fast fashion » se positionnent. La galaxie Mulliez (Jules, Pimkie…) va lancer FashionCube à Neuville-en-Ferrain, dans le Nord : une centaine de salariés, pour produire 6 % des pièces denim de ces marques, soit 400.000 pièces/an, avec l’objectif de ne pas coûter plus de 20 % plus cher que les jeans asiatiques. « On est tous à la recherche de sens, de faire moins, mais mieux », explique le directeur du projet, Christian Kinnen.

« Je n’ai jamais vécu ça ! »

A Hordain, le spécialiste du textile technique Dickson-Constant ouvre une seconde usine nordiste. Et face à la demande de fils français, Safilin, parti en Pologne en 2005, rouvre une filature à Béthune, dans le Pas-de-Calais. « Je n’ai jamais vécu ça ! », se réjouit Olivier Ducatillon, président de l’Union des industries textiles et habillement Nord. Au point qu’une difficulté apparaît : le manque de main-d’œuvre.

Si le textile ne représente plus que 14.000 emplois dans la région contre 150.000 il y a quelques années, 170 offres sont à pourvoir en confection, rien que dans la métropole lilloise. Beaucoup de formations initiales ayant disparu, les entreprises recherchent surtout la motivation. Et forment en interne.

A Roubaix, l’ENSAIT, dernière école d’ingénieur française encore centrée sur le textile, est passée en 20 ans d’une cinquantaine d’étudiants à 130, selon son directeur, Pierre Delannoy. Une école de production industrielle vient aussi d’être lancée à Roubaix, pour former en deux ans des jeunes souvent en marge du système scolaire. Ils apprennent à utiliser 14 types de machines à coudre différentes, certaines à commande vocale, avec port USB. « Ce sont des emplois d’avenir, qui ne seront pas délocalisés, insiste le directeur. Ce n’est plus la confection comme l’ont connue leurs parents. Il ne reste plus de travail à la chaîne en France. »