Avec son violoncelle, Claire Oppert soulage les patients en soins palliatifs

SOINS La violoncelliste Claire Oppert a développé sa méthode de traitement par la musique auprès de personnes handicapées. Son premier livre, « Le Pansement Schubert », est paru en février 2020

Virginie Tauzin

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Son livre, Le Pansement Schubert, relate ses vingt années de pratique.
Son livre, Le Pansement Schubert, relate ses vingt années de pratique. — A. Jocard / AFP
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Avant d’entrer, elle consulte le dossier médical du patient et écoute les transmissions, ces quelques mots confiés par le soignant. « J’ai besoin de connaître des éléments de sa vie, comment s’est passée sa journée, comment fonctionnent ses traitements », raconte Claire Oppert. Vient le moment de la visite : « Je demande au patient ou à la patiente ce qu’il ou elle veut entendre. » Quelque chose de doux ou de joyeux, qui rappelle des souvenirs ou au contraire les efface l’instant d’un morceau…

« Dans cette démarche d’art-thérapie, on s’adresse à la partie saine et vivante de la personne. » Résultat : les patients sont transformés. « Les plus grabataires, agressifs, se calment, confie la musicienne. Les plus lointains bougent leurs orteils. »

Une approche scientifique de l’art-thérapie

Elle dit qu’elle n’est ni la première ni la dernière à user de la musique pour calmer l’anxiété, amoindrir la douleur. Certes, mais son approche est plus scientifique qu’il n’y paraît. Son ouvrage Le Pansement Schubert (ed. Denoël), qui relate plus de vingt ans d’une pratique commencée auprès d’un public en situation de handicap, est au départ une étude scientifique. Elle y montre comment la musique permet de récupérer des capacités motrices et cognitives.

Est-ce une vertu propre au violoncelle ? « Disons que dans ce domaine le violoncelle est roi. Grâce à ses vibrations, c’est l’instrument le plus proche de la voix humaine. La harpe, la guitare ou encore la voix fonctionnent bien aussi. »

Elle évoque également l’efficacité d’autres formes d’art, la peinture, la photo ou la danse. Pour Claire Oppert, le lien entre soin et musique est depuis toujours naturel. Longtemps, elle a voulu être médecin, comme son père. Puis elle a hésité avec la musique, dans laquelle elle excellait. Direction le conservatoire de Moscou.

Ouvrir des voies de communication

« Le soin m’a rattrapée quand j’ai rencontré Howard Buten [psychologue spécialiste de l’autisme], avec qui j’ai travaillé durant sept ans. J’en étais déjà convaincue mais je constatais au quotidien que la musique ouvrait des voies de communication. » Aujourd’hui, Claire Oppert est membre de l’équipe médicale de l’unité de soins palliatifs de l’hôpital Rives de Seine de Puteaux et intervient auprès d’étudiants en médecine.

Elle aime à raconter une histoire qui lui est chère. Celle d’un jeune autiste. Pendant six mois, elle lui a joué des suites de Bach sans réaction de sa part, avant qu’il ne vienne, un jour, se coller à l’instrument pour en sentir les vibrations. « Dans la musique, il n’y a pas de mots et il n’y a pas besoin de circuit intellectuel. C’est purement instinctif. »