Les personnes handicapées ne valident pas le télétravail

ISOLEMENT S'il peut apporter de la souplesse, le travail à distance contribue également à marginaliser les employés en situation de handicap

Juliette Desmonceaux

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Moins de deux tiers des personnes en situation de handicap sont favorables au télétravail.
Moins de deux tiers des personnes en situation de handicap sont favorables au télétravail. — hsyncoban / Getty Images
  • Du 16 au 22 novembre se tient la semaine européenne pour l’emploi des personnes en situation de handicap (SEEPH). 
  • 20 Minutes publie ce lundi 16 novembre un dossier spécial Inclusion consacré à l'insertion des personnes en situation de handicap en entreprise, dont voici un article. 

 

Alors que la France vit reconfinée, le télétravail est de nouveau fortement recommandé. Peu de temps après l'allocution d'Emmanuel Macron, mercredi 28 octobre au soir, la ministre du Travail, Elisabeth Borne, a twitté : « Partout où c’est possible, le télétravail sera généralisé ».

L’instauration du confinement en mars dernier avait déjà bousculé les habitudes des Français et banalisé le télétravail. Près d’un quart de la population (24 %) l’avait pratiqué de façon régulière pendant le confinement, selon un baromètre Odoxa paru en avril, et un Français sur sept continuait de le pratiquer en septembre.

Et si ce travail à distance permet aux personnes en situation de handicap de gérer plus facilement un quotidien difficile, il crée aussi des inquiétudes pour ce public dont la situation professionnelle peut être plus fragile.

Une mise en place difficile

Pour Catherine Pioud, le télétravail, a surtout marqué la fin des trajets en tram, alors qu’elle se rendait au bureau en transports en commun dans son fauteuil roulant. Ce changement d’organisation a été l’occasion de souffler. « J’étais beaucoup moins fatiguée », reconnaît cette adjointe administrative. Quant aux malades chroniques, ce nouveau rythme leur a aussi facilité la vie. « Ça permet de mieux gérer temps de travail et soins », confirme Véronique Bustreel, directrice stratégie à l’Agefiph, association d’insertion professionnelle des personnes handicapées.

L’épidémie a été l’occasion de concrétiser une demande de longue date de certains employés, selon Patricia Monnot, chargée de coordination réseau à la Fagerh, fédération de centres d’insertion professionnelle pour personnes en situation de handicap. « Le coronavirus a été un accélérateur. Tout le monde s’y est mis », assure-t-elle.

Pourtant, le tableau n’est pas complètement rose. Malgré les réunions en visioconférence, le travail à la maison a provoqué un sentiment d’isolement chez de nombreux salariés. « Socialement, ça a été difficile », avoue Catherine Pioud tenue loin de son bureau pendant quatre mois. Une situation particulièrement dure à gérer pour la population non-valide. Malgré les réunions en visioconférence, « certaines personnes handicapées savent qu’elles sont dans une situation professionnelle fragile et se sont senties vulnérables », ajoute Véronique Bustreel.

Un coup d’arrêt pour certains

Pour Olivier Malecki, malvoyant, le confinement a marqué un coup d’arrêt. Salarié dans une entreprise de communication, il ne disposait pas des logiciels nécessaires pour travailler chez lui et, contrairement à ses collègues valides, il a été mis en congé pendant un mois et demi. « Ça a été dur », reconnaît-il. Aujourd’hui, il peut de nouveau exercer sa profession en partie à distance en utilisant un ordinateur portable fourni par l’entreprise.

Aujourd’hui, Olivier se félicite d’avoir retrouvé son entreprise, mais espère garder un jour de télétravail par semaine. « Ça me permet de m’organiser différemment et de m’occuper de ma fille », précise-t-il. Le vœu de beaucoup de salariés, en somme.

20 secondes de contexte 

Moins de deux tiers (65%) des personnes en situation de handicap sont favorables au télétravail, contre 85% dans la population générale. C’est ce qu’a dévoilé une étude de l’Ifop, en partenariat avec l’Agefiph, conduite au mois de septembre auprès de 3 028 personnes en situation de handicap. Une différence liée au sentiment d’isolement et à une crainte accrue de perdre son emploi chez les personnes non-valides.