Handicap psychique : « Nous développons les premiers secours en santé mentale », indique Sophie Cluzel

INCLUSION A l’occasion de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, la secrétaire d’Etat Sophie Cluzel revient sur la situation des personnes en situation de handicap psychique

Propos recueillis par Sylvie Laidet

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La femme politique préconise la généralisation des « job coachs ».
La femme politique préconise la généralisation des « job coachs ». — S. Edmond / Sipa
  • Les handicaps psychiques touchent 2 millions de Français mais sont toujours peu pris en compte et mènent à l’isolement.
  • Sophie Cluzel appelle à davantage de "job coaching" et de "pair-aidance", et souhaite développer l’habitat inclusif et l’accès aux études.

Des emplois accompagnés à la pair-aidance. C’est le pari que fait Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées, pour leur insertion.

Pourquoi le handicap psychique est-il toujours mal perçu et mal pris en compte en France ?
Le handicap psychique touche aujourd’hui environ 2 millions de Français. La demande de soins pour ces troubles est en hausse constante, surtout chez les adolescents. C’est un handicap peu visible mais qui peut avoir un énorme impact social car il engendre de la peur chez les autres. La personne handicapée se retrouve isolée et parfois dans l’incapacité de rester en emploi et de se loger. Nous devons bâtir des solutions adaptées à ces personnes ; c’est une priorité de la feuille de route du gouvernement.

Comment inciter les entreprises à embaucher des collaborateurs en situation de handicap psychique ?
L’emploi accompagné est une solution adaptée. Via des associations comme Clubhouse ou Iris Messidor, les candidats sont suivis dans leur recherche d’emploi, avec des mises en situation. Il y a également un suivi de la personne après son embauche, avec son collectif de travail dans l’entreprise. Le « job coach » accompagne le salarié handicapé en étant attentif à son rythme de travail ou en l’aidant à expliciter les demandes et les points de blocage. Il peut être mobilisé à tout moment du parcours professionnel, et doit permettre de réduire les freins côté employeurs mais aussi de sécuriser les personnes.

A ce jour, combien de personnes handicapées bénéficient d’un emploi accompagné ?
2.000 personnes aujourd’hui. Ce n’est bien sûr pas assez. Le « job coaching » doit rentrer dans l’offre de services de Pôle emploi et de Cap emploi. Pour cela, les associations vont participer et partager leur savoir-faire avec le service public de l’emploi.

Quels autres dispositifs les Français présentant un handicap psychique peuvent-ils mobiliser ?
Nous encourageons le développement de la « pair-aidance », à savoir l’appui par des personnes elles aussi en situation de handicap psychique, qui peuvent apporter des conseils vécus et qui communiquent au quotidien. Cet appui se construit par exemple au sein des « groupes d’entraide » que nous développons. Dans ces groupes, accompagnés par un éducateur, les personnes peuvent échanger et réaliser des activités de tous les jours afin de se réinsérer socialement.

Comment faciliter l’accès au logement des personnes ayant un handicap psychique ?
L’habitat inclusif, notamment sous forme d’habitat partagé ou de colocation, est l’une des pistes. Une nouvelle enveloppe de 15 millions d’euros y est consacrée en 2019, pour accompagner le développement de ces solutions qui mixent projet d’autonomie et projet de vie collectif.

Quelle est la porte d’entrée pour bénéficier de ce type de logement ?
Le réseau associatif, grâce à son maillage territorial, est un interlocuteur évident. D’autres acteurs se mobilisent pour les étudiants. Plusieurs projets sont en train d’émerger, et les possibilités de financement doivent en accélérer le développement.

Justement, quid de la place des étudiants en situation de handicap psychique dans l’enseignement supérieur ?
A cause de troubles du comportement et d’hospitalisation à répétition, ces jeunes se mettent en veille de l’université et/ou arrêtent leurs études. Les universités s’engagent pour mieux accompagner ces étudiants, les connaître, leur proposer un accompagnement, des aménagements d’examen… Nous développons aussi les premiers secours en santé mentale.

Comment cela fonctionnerait-il, concrètement ?
Il s’agit de former des étudiants à ces gestes de premiers secours et à être en alerte sur les premiers signes chez leurs camarades présentant des troubles psychiques. Cette méthode a déjà fait ses preuves ailleurs, notamment en Australie.