La double peine des femmes handicapées sur le marché du travail

HANDICAP Moins diplômées, moins prises au sérieux, les femmes en situation de handicap ont plus de difficultés à trouver un emploi

Elodie Hervé

— 

Les inégalités salariales hommes-femmes en chiffres et en GIF — 20 Minutes
  • La Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées se déroule du 18 au 24 novembre.
  • Les femmes handicapées subissent une double discrimination dans le monde du travail.
  • Elles ont moins accès aux études et sont cantonnées aux métiers de services.
  • Même en entreprise adaptée, elles ne représentent qu’un tiers des salariés.

Invisibles ou presque. Seules 1 % des femmes en situation de handicap sont cadres contre 14 % des hommes, selon une étude de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares)​. « C’est la double peine », explique Dominique du Paty, fondatrice de la société de conseil Handiréseau. Orientées vers des métiers de services et moins diplômées que leurs homologues, ces femmes peinent encore à s’imposer dans le monde du travail, souligne le défenseur des droits dans un rapport publié en novembre 2016. « Parce qu’elles sont femmes, parce qu’elles sont handicapées », les difficultés à trouver un emploi puis à mener une carrière sont accrues, selon le rapport.

A cela s’ajoutent « des inégalités et discriminations spécifiques combinant genre et handicap ». Pour le défenseur des droits, qui appelle « à une vigilance particulière à leur égard », ces inégalités prennent racine dans l’accès aux établissements scolaires. « Les préjugés ont empêché une scolarisation normale et l’obtention de diplômes. » Au quotidien, « être handicapée, c’est apparaître comme lente, fragile et inadaptée », explique Claire Desaint, coprésidente de l’association Femmes pour le dire, femmes pour agir (FDFA).

Un handicap passé sous silence

Résultat, même dans les entreprises adaptées (EA), c’est-à-dire ayant 80 % de salariés en situation de handicap, les femmes ne représentent qu’un tiers des effectifs. Et « quand elles arrivent à obtenir un poste, c’est très souvent en dessous de leurs compétences », ajoute Claire Desaint. « Toutes ces difficultés vont les pousser à devenir invisibles », se désole Dominique du Paty. De fait, certaines vont choisir de taire leur handicap.

Autre difficulté pour trouver un emploi : la grossesse. « Là encore, il s’agit de discriminations croisées, explique Claire Desaint. En France, avoir un enfant est un frein dans la carrière des femmes. Pour celles en situation de handicap, les employeurs considèrent qu’elles vont prendre plus de temps pour s’occuper de leurs enfants et qu’elles ne pourront plus du tout travailler. »

Des préjugés encore tenaces

La fondatrice de Handiréseau en a fait les frais. « Quand j’ai eu mon fils, j’étais en période d’essai dans une entreprise de prêt-à-porter. La direction m’a dit : on ne va pas vous garder, parce que vous êtes handicapée et en plus maintenant enceinte. » Ce rejet l’a poussée à chercher une solution. « Les entreprises appréciaient mon travail, mais j’avais beaucoup de difficultés à me faire accepter. »

Selon Marion Quérat, en charge des questions de handicap chez Mozaïk RH, les préjugés subsistent. « Les entreprises pensent que handicap rime avec aménagement de l’espace. Mais ils ne sont nécessaires que dans 15 % des cas. » Pour combattre les idées reçues, Dominique du Paty a fondé son propre cabinet de conseil, afin de mieux inclure le handicap au sein des entreprises. Et redonner un peu de visibilité à celles qui en ont tant besoin.

Les femmes handicapées plus touchées par les violences et le harcèlement

« Effrayant. » C’est avec ce mot que Claire Desaint, coprésidente de Femmes pour le dire, femmes pour agir (FDFA) désigne la violence dont sont victimes les femmes en situation de handicap. D’après une enquête réalisée en février par l’APF France handicap, près de 40 % d’entre elles disent avoir subi ou être actuellement victimes de discriminations, contre 27 % pour l’ensemble des femmes.

Sphère privée, monde du travail, milieu médical, tous les domaines sont concernés, rapporte l’étude réalisée auprès de 3.100 femmes. « Le schéma de l’agresseur est exactement le même, souligne Bénédicte Kail, conseillère nationale de APF France handicap. C’est juste que leur situation les rend plus dépendantes et isolables. » Fatima, 62 ans, a passé sa carrière auprès de personnes en situation de handicap. « J’ai voulu travailler dans le social pour aider celles qui sont comme moi. » Cette habitante de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), atteinte d’une maladie orpheline, décrit la violence psychologique de ses collègues envers les patientes. Pour autant, ajoute Claire Desaint, « ces discriminations commencent à être comptabilisées ». Elle dit attendre beaucoup du Grenelle des violences conjugales ouvert en septembre, où un groupe de travail s’est penché sur le cas spécifique des femmes plus vulnérables. A suivre donc.