Auticonsult, l'entreprise qui valorise les compétences des autistes

handicap Depuis 2015, Auticonsult emploie et coache des consultants en informatique autistes, souvent discriminés. Une première en France

Camille Langlade

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L'équipe d'Auticonsult dans les locaux de l'entreprise, qui emploie 23 personnes autistes.
L'équipe d'Auticonsult dans les locaux de l'entreprise, qui emploie 23 personnes autistes. — B.Guigou/20 Minutes
  • La Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées se tient du 18 au 24 novembre.
  • Le monde du travail est peu adapté aux personnes autistes, notamment les méthodes de recrutement.
  • Auticonsult compte 23 consultants autistes envoyés dans toute la France. Ils sont coachés par des experts, pour gérer le stress ou les interactions sociales.
  • Les entreprises sont elles aussi sensibilisées aux spécificités de l’autisme.

Du labeur, mais pas de sueur, ni d’agitation. A Courbevoie (Hauts-de-Seine), Auticonsult propose un cadre de travail aux antipodes des open spaces fourmillants, jusque dans ses équipes. Ici, tous les consultants informatiques sont atteints de trouble du spectre de l’autisme (TSA). « Il y a une vraie discrimination », remarque le président William Cunche, selon qui l’écrasante majorité des personnes autistes seraient sans emploi ou sous-employées.

Créée en 2015, l’entreprise en compte aujourd’hui 23, recrutées à Paris puis envoyées en mission à travers toute la France, voire à l’étranger. Pour Flora Thiébaut, la cofondatrice, les méthodes de recrutement actuelles sont inadaptées aux autistes, notamment l’entretien d’embauche. Elle prend l’exemple d’un consultant à qui le recruteur avait posé la question suivante : « Qu’est-ce qui fait de vous un meilleur candidat que les autres ? » Réponse de l’intéressé : « Je ne sais pas, je ne les connais pas. »

Leur franchise : une richesse

Une repartie pour le moins déstabilisante, qui pourrait être mal perçue par l’interlocuteur. « Les personnes autistes ne comprennent pas le second degré », observe William Cunche. Pour Catherine Yama, qui les accompagne sur le plan technique, leur franchise est au contraire une richesse. « S’ils ne comprennent pas ou ne savent pas, ils ne vont pas hésiter à le dire. Cela rend la communication plus simple. »

Riourik a rejoint la société il y a un peu plus d’un an, après cinq ans d’inactivité. Il apprécie de pouvoir travailler dans « de meilleures conditions, sans stigmatisation ». Avec une plus grande autonomie à la clé : « Avant, je dépendais de mes parents, aujourd’hui je vis seul », déclare-t-il derrière son écran d’ordinateur.

Un coaching personnalisé

Avec Cyrielle Grandclement, psychologue de formation, il apprend à gérer l’estime de soi, le stress et les interactions sociales. Chaque consultant est accompagné par un coach d’Auticonsult et par un référent au sein de l’organisation où il est envoyé en mission. L’entreprise de services numériques prévoit en outre des interventions de sensibilisation au sein des sociétés partenaires.

« Cela permet d’éviter les mauvaises interprétations », indique Laurent, basé dans une start-up suisse. Le jeune homme de 33 ans était livreur de pain, malgré un diplôme d’ingénieur. Un de ses stages ne s’était pas « extrêmement bien passé » et il peinait à trouver un emploi. « Je sentais qu’il y avait quelque chose qui clochait », raconte-t-il, lucide. Il a été diagnostiqué autiste il y a deux ans seulement. « Avant, il y avait des problèmes, mais pas d’explications. » Désormais, il fait partie de la solution.

Un handicap peu pris en compte

Pour Julie Dachez, docteure en psychologie sociale, l’autisme reste trop
mal appréhendé en France  : « On considère que le handicap est intrinsèque à la personne. » Or, l’autrice de Dans ta bulle ! se réclame du modèle social, selon lequel c’est l’environnement qui crée la situation de handicap. D’après elle, la prise en compte des autistes passe par « le télétravail, le fait de pouvoir avoir des horaires décalés ou de porter un casque antibruit ».