Les gilets vibrants ouvrent les salles de concerts aux déficients auditifs

TECHNOLOGIE Les gilets vibrants, distribués en France par la société Timmpi, traduisent la musique en vibrations grâce à un algorithme

Paul Blondé

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Les gilets vibrants transmettent les vibrations de la musique au corps par plusieurs points de contact.
Les gilets vibrants transmettent les vibrations de la musique au corps par plusieurs points de contact. — Muse et Ruse Production
  • La Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées se déroule du 18 au 24 novembre.
  • Les gilets vibrants, munis d’un boîtier de contrôle, permettent de restituer un concert en vibrations.
  • Ce dispositif, d’abord testé au cinéma, a pour objectif d’attirer le public des sourds et malentendants dans les salles de spectacles.

Etre sourd, ou malentendant, et vivre intensément un concert. A priori, impossible. A priori. De plus en plus de salles de spectacle françaises s’équipent actuellement d’une invention novatrice : les gilets vibrants, dénommés SubPac. Cofondateur de l’entreprise française Timmpi, qui les distribue dans l’Hexagone et les a adaptés techniquement au live, Jérôme Battaglia en explique le principe.

Ces gilets, qui ressemblent en réalité davantage à des sacs à dos, « se portent sur le dos, ou sur le ventre en position assise, et sont munis d’un boîtier de contrôle avec un algorithme qui traduit la musique en vibrations et les transmet au corps par plusieurs points de contact. Ce qui permet de ressentir les montées, les descentes, l’harmonie des basses. Un peu comme quand, dans une boîte ou un festival, on sent l’infrabasse qui nous tape sur le plexus, dans la poitrine, mais avec une sensation amplifiée. » Le dispositif a d’abord été testé au cinéma. « D’habitude, les sourds ou malentendants ont juste un sous-titre disant qu’une porte claque. Là, ils peuvent ressentir l’effet de la porte qui claque, ce qui change tout. »

Une expérience « bouleversante »

Ces gilets vibrants, poursuit Jérôme Battaglia, sont désormais disponibles, entre autres, « à l’Aéronef de Lille, qui nous a accompagnés dès le début, au Grand R de La Roche-sur-Yon, à l’Opéra de Limoges, au Théâtre national de Bretagne à Rennes, au théâtre parisien de Chaillot, au Zénith de Nantes, ainsi qu’à celui d’Amiens ». La salle de concert amiénoise vient en effet de s’en équiper et les prête gratuitement sur réservation. Selon la responsable de la communication, Ana Da Silva, les tests réalisés auprès de personnes sourdes ou malentendantes se sont révélés « bouleversants, car très positifs : ils vivaient vraiment le concert. » Le but étant, bien sûr, d’essayer de « toucher un public, les sourds et malentendants, qui n’est pas consommateur de spectacles ». Jusqu’à maintenant.

Des gilets réservés… à tous

A l’origine conçus pour des valides, pour pouvoir, par exemple, sentir les basses tout en limitant les nuisances sonores des studios d’enregistrement privés, les gilets vibrants ne sont pas destinés qu’aux sourds, explique Jérôme Battaglia. « Ils améliorent aussi l’expérience des entendants, notamment en réalité virtuelle. Ils permettent aux personnes en fauteuils, placées sur des plateformes loin de la scène dans les festivals, de se sentir plus proches de la musique, comme si la scène venait à eux. Et ils ont un effet apaisant sur les personnes souffrant de troubles autistiques, ce qui leur permet d’être concentrés sur la musique. »