Épinal: Le Casier Amazon va devoir bouger après la colère d'une libraire

COMMERCE La SNCF va déménager le casier livraison d'Amazon vers l'intérieur de la gare d'Epinal. Une libraire a vu rouge quand elle a vu son concurrent s'installer devant son magasin sans avoir demandé d'autorisation  

Angélique Férat

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Gare d'Epinal (Vosges) capture d'écran Google view
Gare d'Epinal (Vosges) capture d'écran Google view — Google view

« Quand je vois des gens prendre en photo la couverture de mes livres pour ensuite les commander sur Internet, je vois rouge ! » La libraire le Quai des mots n’en finit pas de s’énerver contre Amazon. Isabelle Colin a protesté contre l’installation d’un casier de livraison du géant de la vente sur Internet, contre le mur de la gare, en face de son magasin l’hiver dernier. Une concurrence insupportable pour la commerçante.

Aujourd’hui, la SNCF n’a pas d’autre choix que de bouger le casier Amazon. Il sera désormais à l’intérieur de la gare. La compagnie ferroviaire a signé l’année dernière un contrat avec Amazon pour installer 1.000 casiers à travers la France. Le client commande sur Internet, il est livré dans ces containers et peut y récupérer sa commande grâce à un code. Mais à Epinal, un grain de sable s’est glissé dans la mécanique. La libraire locale a découvert que le casier avait été installé sans autorisation.

Une libraire alerte le maire

La gare se situe en secteur protégé et le code de l’urbanisme prévoit une demande d’autorisation auprès de la mairie avec avis de l’architecte des Bâtiments de France. Michel Heinrich, le maire d’Epinal n’a pas apprécié d’être mis devant le fait accompli. Mardi, il signifiait à la SNCF son refus de voir ce casier installé dans la rue.

« Je ne suis pas contre Amazon ou la SNCF, mais c’est laid ces grands casiers jaunes en métal et surtout la SNCF n’a pas respecté le code de l’urbanisme. Ce n’est pas acceptable. » Mais l’édile vosgien admet au détour d’une phrase, qu’avec lesmanifestations hebdomadaires des gilets jaunes, les commerçants locaux souffrent, « alors ce casier, ce n’était vraiment pas le moment ! »

La libraire se réjouit

Du coté de la librairie le Quai des mots, on ne cache pas sa satisfaction. « Il y a eu un mépris des règles d’urbanisme. Ils ne croient pas être assujettis aux mêmes règles que les autres. Moi, quand j’ai ouvert mon extension, j’ai dû faire des tas de démarches administratives, eux ils s’installent tout simplement. » Mais la commerçante vosgienne ne compte pas en rester là.

La libraire indépendante veut aller en justice pour concurrence déloyale. Son avocat, Olivier Cousin est sûr de son fait. « Exercer une activité économique sans respecter la loi est constitutif d’une concurrence déloyale. Il y a jurisprudence en la matière ». La commerçante vosgienne ne demandera qu’un euro symbolique. Isabelle Colin veut défendre le commerce de proximité, elle fait partie de l’association des libraires indépendants de Lorraine. « J’ai lancé l’alerte en février, et avec tous les articles parus, des habitants d’Epinal qui n’étaient pas clients viennent en me disant qu’ils vont changer leur façon de consommer. Je reçois aussi énormément de courrier de soutien de toute la France ».

Le casier Amazon, lui, va rester à l’intérieur de la gare. La libraire n’a légalement plus aucun recours contre son installation. La concurrence du géant aux milliers de références sera moins visible mais tout aussi réelle.

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