Un dessin de Sébastien Peters, 38 ans, membre de l’Esat Image–Arts graphiques d’Angoulême (Charente) depuis 2016. Il a une déficience visuelle.
Un dessin de Sébastien Peters, 38 ans, membre de l’Esat Image–Arts graphiques d’Angoulême (Charente) depuis 2016. Il a une déficience visuelle. — Sébastien Peters/Esat Image Arts graphiques

FREELANCE

Le statut de micro-entrepreneur est-il adapté pour les personnes handicapées?

Pour les personnes en situation de handicap, le statut de micro-entrepreneur peut faciliter le retour à l’emploi…

  • Avec le statut de micro-entrepreneur, les personnes handicapées peuvent moduler à leur aise leur temps de travail et s’évitent les déplacements domicile-travail.
  • Les entreprises peuvent préférer employer un travailleur indépendant qu’un salarié.
  • L’allocation aux adultes handicapés permet de garder un revenu minimum au début.

Tarik est devenu chauffeur Uber après un grave accident de moto. Auparavant steward, l’altitude accentuait ses douleurs articulaires et musculaires. « L’avantage d’être micro-entrepreneur avec mon handicap, c’est que je peux être flexible sur mes horaires. Si je ne peux pas travailler parce que je ne me sens pas bien, cela ne pose aucun problème. »

Selon l’Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées (Agefiph), près de 1 500 nouveaux micro-entrepreneurs en situation de handicap ont bénéficié d’une aide financière à la création d’activité en 2017. Outre le fait de pouvoir maîtriser son emploi du temps et d’éviter la pénibilité des trajets domicile-travail, être micro-entrepreneur permet d’éviter les « trous » dans le CV, « notamment en cas de maladie chronique invalidante », explique Rémi Bellois, de la direction des actions associatives de l’Association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (Ladapt).

Une meilleure image de soi, mais moins de revenus

« Malgré tout, c’est souvent d’abord un choix par défaut, parce que la personne avec un handicap a du mal à trouver un emploi », nuance-t-il. Guillaume Vachias, graphiste freelance atteint d’une infirmité motrice cérébrale, confirme : « Je suis devenu micro-entrepreneur en 2015, car je cherchais du travail depuis un petit moment. Le marché de la communication visuelle est très compliqué, alors, avec un handicap, c’est encore plus dur. »

D’un point de vue financier, « un travailleur indépendant gagne souvent moins bien sa vie qu’un salarié les premiers temps », reconnaît Rémi Bellois. Mais il peut continuer à percevoir l’allocation aux adultes handicapés (AAH), qui lui garantit un revenu minimum. « Il y a aussi un gain en termes d’image. Etre freelance, c’est être indépendant, c’est valorisant socialement quand on a un handicap », avance-t-il.

Mais, entre les démarches administratives, le travail de prospection et le fait de ne pas compter ses heures, on peut vite se sentir seul et découragé. Entrepreneur non-voyant, Didier Roche a donc fondé l’association H’up il y a dix ans pour informer, soutenir et accompagner les entrepreneurs porteurs de handicap. Selon lui, ce statut est avant tout une opportunité : « Il donne aux entreprises le sentiment de prendre moins de risque » en faisant appel à un travailleur indépendant. De la liberté à la sécurité ?