Le «validisme», une façon de rejeter les personnes handicapées sans s'en rendre compte

Egalité Les personnes handicapées souffrent du validisme, des discriminations du fait de leur handicap…

Thomas Weill

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Deza Nguembock, fondatrice de l’agence de communication E&H Lab.
Deza Nguembock, fondatrice de l’agence de communication E&H Lab. — T. Weill
  • Le validisme désigne les préjugés et les discriminations qui touchent les personnes handicapées.
  • Le taux de chômage des personnes en situation de handicap est plus élevé que celui de l’ensemble de la population.
  • Les personnes handicapées souffrent d’une image misérabiliste qui les pénalise, entre autres dans leurs recherches d’emploi.

Ce n’est pas parce qu’une personne est sourde ou atteinte d’une malformation qu’elle est moins compétente. L’affirmation n’a rien de polémique, pourtant, les personnes handicapées restent très touchées par le chômage (19 %), notamment de longue durée. Parmi les présumés coupables, l’accès difficile à la formation, des entreprises pas toujours accessibles, mais aussi le validisme, une forme de discrimination qui repose sur l’idée que handicapé signifierait inférieur.

« Nous entendons dénoncer et combattre le validisme qui fait de la personne valide en bonne santé la norme universelle et l’idéal à atteindre », clame le Collectif lutte et handicaps pour l’égalité et l’émancipation (CLHEE). En France, ce collectif est l’un des rares à se positionner sur ces questions malgré une réalité bien connue.

« Créer de nouvelles images »

« La personne handicapée n’est pas présentée comme un acteur qui peut agir sur sa propre vie et celle des autres », explique Deza Nguembock, fondatrice de l’agence de communication E&H Lab, qui réalise notamment des campagnes de sensibilisation aux questions du handicap. « On reste dans l’idée qu’accueillir un travailleur handicapé est plus compliqué qu’un travailleur qui ne l’est pas », ajoute Odile Rohmer, professeure en psychologie sociale du handicap à l’université de Strasbourg.

Pourquoi parle-t-on si peu de validisme en France ? Le terme, qui provient de la culture anglo-saxonne, correspond moins bien à l’approche française où « le principe de solidarité est très fort. La législation favorise l’inclusion, mais, en même temps, perpétue la discrimination, puisque des mesures différentes sont mises en place en faveur des personnes handicapées », souligne la chercheuse.

C’est pourquoi Deza Nguembock, elle-même en situation de handicap, cherche à « accompagner l’évolution des perceptions, créer de nouvelles images. Certaines personnes n’assument pas leur handicap. Elles ont peur d’être rejetées. Mon travail c’est d’abord de leur permettre d’accepter leur situation. »

Prendre conscience

« Les personnes handicapées se présentent toujours comme moins compétentes que des valides, acquiesce Odile Rohmer. L’image qu’elles ont d’elles-mêmes est souvent conforme à celle véhiculée par la société. » A savoir, une image « misérabiliste » pour Deza Nguembock, notamment dans le contexte professionnel.

Cette dernière estime que le terme « validisme » est à rejeter : « Il donne l’impression que l’on fait sciemment les choses. Mais les gens n’ont pas conscience qu’ils sont en train de discriminer ou de faire du mal à l’autre. » La cheffe d’entreprise en appelle justement à une prise de conscience collective, qui passerait aussi par les médias, légers dans le traitement des questions du handicap. « On doit en parler tous les jours. Ce ne sont pas des sujets-événements, mais une réalité quotidienne. »

Retrouvez lundi 19 novembre le supplément emploi et handicap 2018 de 20 Minutes, en version papier sur les lieux de distribution habituels et en version numérique sur ce site.